Belgique

Il est midi et le potage fumant remporte son petit succès. Une douzaine de convives se serrent autour de la table, dans ce logement de la rue des Bruyères à Louvain-la-Neuve. Certains sont étudiants, d’autres habitants, d’autres sont sans domicile fixe. Mais leurs chemins se sépareront à 16h30, heure de fermeture de cet abri de jour pour gens de la rue à LLN, fréquenté par une quinzaine d’entre eux. "Ils savent bien qu’ils doivent partir, et la fermeture se passe bien. Mais jusqu’ici, il ne faisait pas très froid. Là, les grands froids arrivent, note Evelyne Louveaux, une fondatrice de Un toit un cœur (Utuc). On ne peut pas les laisser ici la nuit. Si on le fait pour certains et pas pour les autres Et puis il faudrait du personnel, un local plus grand " Il n’existe aucun abri de nuit pour SDF de type relais social à Ottignies, ni en Brabant wallon. Et difficile de dormir au chaud à LLN : "Hier, il faisait froid, j’ai demandé à des étudiants de pouvoir dormir dans leur "commu", sous la table. Ils m’ont dit non, raconte Ben. Et maintenant, il y a plein de digicodes, il faut attendre qu’un étudiant entre pour se faufiler comme une souris dans l’immeuble, monter le plus haut possible pour avoir chaud et puis partir tôt pour ne pas être repéré " La région n’est pas vraiment favorable aux sans-abri, constate-t-on à l’Utuc. "On est dans un croissant bourgeois ici. La nuit, il n’y a rien pour nous, il faut aller à Bruxelles ou à Namur, dit Brice, qui a vécu dans la rue avant de retrouver un logement grâce à sa copine . Un abri de nuit manque énormément. Etre ici, c’est mieux : dans une petite ville, on est plus en sécurité, il y a moins de drogues dures qui circulent " La présence de l’Utuc et la taille réduite de la ville permettent l’"entraide" de ceux retrouvant un logement. Ainsi, Chris a pu être hébergé par un ami, ce qui lui a permis d’abandonner sa tente. "Par ce froid, ce serait difficile d’y dormir. Je ne dis pas où elle se trouve à LLN. La précédente, plantée au lac, m’a été volée " Yogi, après avoir logé dans un garage, a dormi sous un pont au bois des Rêves avant d’être hébergé par une connaissance. "Je ne veux pas être évacué ailleurs. On ne sent bien à LLN, c’est un peu comme une famille. Mais on a déjà eu beaucoup de mal à ouvrir cet abri de jour Ils ont peur qu’avec un abri de nuit, cela ramène davantage de gens de la rue à LLN Ça peut changer, mais ça mettra du temps : il y a une sorte de bagarre entre deux systèmes de vie différents "

Evelyne Louveaux réclame elle aussi un abri de nuit pour les SDF à Ottignies, mais, pour elle, il n’y a pas de volonté politique en ce sens. "Je comprends qu’Ottignies ne veuille pas d’une structure permanente, pour ne pas attirer davantage de SDF. Mais il faudrait au moins quelque chose pour les grands froids." La présidente ottintoise du CPAS est pourtant favorable à un abri de nuit. La solution de la caserne de Beauvechain - ouverte tous les ans mais située en rase campagne - n’en est pas une : "Pas un SDF ne dort là ! Il faut des assistants sociaux pour accompagner les personnes là-bas, donner des garanties qu’elles n’abîment rien Les conditions sont impraticables." Jeanne-Marie Oleffe a d’ailleurs trouvé un local à Ottignies pour un abri de nuit. Mais le personnel coûterait 12 000 euros, pour une période de décembre à mars. "Ce sont les villes de 300 000 habitants qui ont un abri de nuit, pas celles de 30 000. Ottignies-LLN n’a pas les fonds pour cela." Le CPAS s’est donc adressé à la Province. La députée en charge du social, qui a reçu le courrier fin décembre, est prête à mettre la main à la poche. Mais Mme Michel ne peut pas promettre un montant précis. Et les subsides ne seront dégagés, comme le veut le règlement, qu’en juin "Mais cet abri de nuit est nécessaire. La précarité est partout, aussi en Brabant wallon." Elle écrira à la ministre Tillieux pour regretter que le Brabant wallon ne bénéficie pas du plan Grand Froid.