Belgique Près de 25 personnes sur la liste des "foreign terrorist fighters" ont été en contact avec elle. Neuf d’entre elles y ont suivi une formation.

L’audition du directeur de la Grande Mosquée de Bruxelles s’est déroulée dans une grande tension, mercredi à la commission d’enquête parlementaire de la Chambre sur les attentats de mars 2016, les députés réclamant des réponses plus précises du diplomate saoudien.

Pressé de questions, Jamal Saleh Momenah a donné des réponses vagues et a répété plusieurs fois que les portes du Centre islamique et culturel de Belgique (CICB) étaient "ouvertes à tous et à toutes, musulmans et non musulmans, à votre meilleure convenance".

Les députés disposaient pourtant de renseignements précis émanant des services belges indiquant que vingt-sept personnes se trouvant sur la liste belge des "foreign terrorist fighters" (FTF) ont été en contact avec la mosquée et que neuf d’entre eux y ont suivi une formation, a appris "La Libre Belgique".

Ces informations n’ont pas été rendues publiques lors de l’audition. Pourtant, le diplomate saoudien, qui dirige le centre depuis octobre 2012, est resté évasif. "Je ne pense pas qu’il y ait quiconque qui soit parti de notre centre. Le recrutement a été fait par les réseaux sociaux", a dit le directeur, laissant entendre que la mosquée étant "un lieu public", on ne peut y contrôler ceux et celles qui la fréquentent. Il a indiqué être allé une fois "fin 2014" dans un poste de la police fédérale, place Rogier, où il avait été convoqué.

La Ligue islamique mondiale, créée en 1962 et basée à La Mecque, finance la grande mosquée du Cinquantenaire, pour un montant annuel situé entre 1 à 1,2 million d’euros. "Ce budget est utilisé pour régler les dépenses du centre comme les factures, les salaires, les taxes, les impôts. Ce sont des dépenses opérationnelles", a-t-il dit. Des dons sont effectués dans la tradition du "zakat" à des individus, "des pauvres, des malades, des nécessiteux", a-t-il ajouté.

L’islam du "juste milieu"

En revanche, il n’a pas pu identifier un don de plus de 10 000 euros avec la mention "Syrie" dans une note budgétaire fournie par le CICB lui-même aux députés, ce qui a provoqué la colère du président Patrick Dewael (Open VLD). Ce dernier avait été obligé de citer à comparaître le diplomate, qui ne voulait pas se présenter devant la commission. "Vous ne respectez pas les règles de la Belgique", a renchéri Georges Dallemagne (CDH). "Pendant un demi-siècle, vous n’avez pas remis vos comptes."

Le directeur explique aussi le triplement du financement par la Ligue islamique mondiale par le fait que la mosquée doit subir d’importants travaux de rénovation, de chauffage et d’électricité. M. Momenah affirme que l’islam prêché au Cinquantenaire est celui du "juste milieu", une référence à la voie médiane prônée par plusieurs pays arabes modérés, mais aussi utilisée par le prédicateur Yusuf al-Qaradawi, figure centrale des Frères musulmans. Il défend aussi le principe d’une complémentarité entre l’homme et la femme - "Elle le soutient, le complète dans tout" - tout en reconnaissant qu’ils sont "égaux en droits et devoirs"