Belgique

Décidément la justice liégeoise ne lâche pas la bride à Alain Mathot (PS). Après les perquisitions menées, à la mi-mai, à son domicile, on a appris, de source judiciaire, le week-end que les enquêteurs ont fait, cette fois, une descente dans les bureaux du député-bourgmestre de Seraing et chez deux autres personnes. La visite des fins limiers de la section financière du parquet de Liège a eu lieu lundi dernier et elle s’inscrit dans le cadre du même dossier pour lequel ils s’étaient déjà rendus au domicile du vice-président de la fédération liégeoise du PS. Il s’agit du projet Uvélia, du nom de cette nouvelle unité de traitement de déchets à Herstal (en région liégeoise) portée par l’intercommunale Intradel.

Selon nos informations, les enquêteurs ont agi comme s’ils étaient à recherche d’un coffre-fort à l’Hôtel de Ville de Seraing, les perquisitions auraient eu lieu en l’absence du député-bourgmestre, Alain Mathot. Outre les bureaux de ce dernier, les enquêteurs ont également visité les bureaux de sa chef de cabinet, Marielle Papy. Rien de compromettant n’aurait été découvert sur place, mais les enquêteurs seraient repartis avec plusieurs documents actuellement en cours d’analyse. Une autre perquisition a eu lieu jeudi chez une autre personne qui n’est ni un fonctionnaire, ni un collaborateur direct du bourgmestre Mathot Jr.

C’est une lettre anonyme dénonçant, en mai 2007, des faits de blanchiment d’argent et de corruption qui a donné le coup d’envoi de l’enquête menée par le juge d’instruction Philippe Richard, spécialisé dans les dossiers financiers. Le marché de construction de l’usine Uvélia avait été attribué à l’entreprise française, Inova. La nouvelle usine représente un investissement de 170 millions d’euros dont une subvention de la Région wallonne d’environ 30 %.

En octobre 2008, des perquisitions ont été menées chez Intradel ; au domicile de Roger Croughs, son directeur général et dans d’autres endroits de la région liégeoise (Seraing, Esneux, Beyne-Heusay) et à Bruxelles. Des consultants d’Intradel avaient également été perquisitionnés à l’époque.

Après avoir été menée pendant des mois dans la discrétion, l’enquête se révèle au grand jour. La lettre anonyme épinglait aussi l’actuel bourgmestre de Herstal, Frédéric Daerden (PS) et son père, Michel Daerden (PS), ministre fédéral démissionnaire des Pensions. Les enquêteurs ont épluché les mouvements d’argent des personnes et des sociétés citées dans la lettre anonyme. Ils auraient découvert que la société Inova avait fait des versements d’une dizaine de millions d’euros depuis 2006 et ce, via des sociétés écrans. Sur quels comptes ? Mystère. Mais les enquêteurs auraient réussi à tracer l’argent dans des paradis fiscaux, notamment en Suisse et au Lichtenstein ainsi que dans d’autres pays (France, etc.) Et il semble que des commissions rogatoires vers ces différents pays ne sont pas exclues, mais il faudra encore attendre.

Quant au projet Uvélia, il est déjà une réalité. L’usine devrait traiter jusqu’à 320 000 tonnes de déchets produits par environ un million d’habitants répartis sur les 72 communes partenaires d’Intradel. Les déchets ménagers en provenance de Namur seront également valorisés à Herstal, soit 70 000 tonnes par an. Grâce à la valorisation énergétique, Uvélia permettra une production électrique de 240 millions de kWh, soit l’équivalent de la consommation annuelle de plus de 54 000 ménages.