Belgique

Depuis plus de deux ans, les articles relatifs à la drogue krokodil se multiplient. La dernière affaire ayant eu une répercussion mondiale vient du Mexique et remonte à début décembre. Une fille de 17 ans, vivant à Puerto Vallarta, aurait vu ses organes génitaux s'infecter gravement suite à l'absorption de krokodil. Un responsable de l'Institut national de la migration a précisé que l'adolescente prenait cette drogue depuis deux mois.

Apparu aux débuts des années 2000 en Russie, ce composé contient de la codéine, des solvants volatils (comme les diluants de peinture) et de l'essence. Fabriqué artisanalement, il inclut parfois aussi du phosphore et/ou de l’héroïne. La krokodil est d'ailleurs présentée comme le substitut de l'héroïne ; son coût étant bien inférieur et ses effets plus importants. Ces facteurs expliquent pourquoi cette substance pernicieuse infecte la Russie et une partie de l'Europe de l'Est : la grande pauvreté et les conditions de vie qui frappent ces pays font que les toxicomanes optent pour cette espèce d'"héroïne du pauvre".

En Occident, même si les plus grands organes de presse (comme Time) tartinent sur le sujet, la propagation du produit n'est, à l'heure actuelle, pas avérée. Comme le soulignent nos confrères de Slate, "le flou médiatique et le manque d'informations fiables" sont patents.

Aucun cas aux USA

Aux Etats-Unis, par exemple, même si le sujet revient comme une ritournelle, aucun cas de consommation de krokodil n'a été confirmé depuis... 2004. Il se pourrait que les exemples de plaies squameuses ou de chair en décomposition aient été causés par des infections contractées à la suite de l'utilisation de seringues souillées.

"Aux États-Unis, il n'y a pas krokodil", a d'ailleurs affirmé le Dr Henry Spiller, directeur du Centre anti-poison de l'Ohio. "Nous l'avons chassée pendant un certain temps. Mais il n'y a aucun échantillon positif dans le laboratoire. Aucun. Zéro."

Pourtant, comme le rappelle Slate, le très sérieux Journal of Medicine avait fait état d'une situation détectée outre-Atlantique, en 2012. Mais quelques semaines après sa sortie, l'article avait été retiré du site car "publié prématurément avant d'avoir été entièrement vérifié".

Combien de temps encore ?

Les rumeurs vont également bon train sur l'arrivée de cette drogue en Belgique et en Europe occidentale. Certaines annonçaient même que l'Allemagne était déjà contaminée par la krokodil. Or, aucun organisme officiel ne fait état de cas en Europe occidentale.

Sur son site internet, l'asbl Infor Drogues stipule que "l’Observatoire européen des Drogues et des Toxicomanies n’a pas, à notre connaissance, lancé d’alerte concernant ce produit. Des quelques cas signalés en Allemagne, l’observatoire allemand n’a pu apporter aucune confirmation qu’il s’agissait bel et bien de 'krokodil'. En Belgique, ni Eurotox (l’Observatoire de la Belgique francophone), ni Infor-Drogues, ni aucune autre autorité en la matière (police, douane, etc.), n’a confirmé la présence de ce produit dans notre pays".

Cependant, sur le terrain, la crainte de voir "cette crasse débarquer" est bien réelle, comme l'explique à LaLibre.be un policier bruxellois préférant garder l'anonymat. "Il y a quelques jours, j'ai arrêté un individu en provenance des pays de l'Est qui était en possession de drogues. Il ne savait même pas ce qu'il s'injectait ! Parfois, il s'agit d'héroïne, parfois de mélanges douteux. Ce genre de situation arrive de plus en plus souvent lors de nos contrôles", soupire-t-il.

Ce policier ajoute que l'ouverture des frontières entre pays européens favorise la propagation "car on ne peut plus lutter suffisamment contre ces trafics et les contrôler".

Néanmoins, à l'heure actuelle, les forces de l'ordre n'ont pas reçu de demande de vigilance accrue venant de leur direction.