Belgique En 2015, seules… 3 plaintes pour sexisme ont été enregistrées dans les statistiques policières. Difficile d’apporter des preuves.

La diffusion, en juillet 2012, d’un documentaire tourné en caméra cachée par une étudiante flamande dans les rues de Bruxelles, n’était pas passée inaperçue. Sofie Peeters y montrait les réactions inappropriées de (jeunes) hommes à son passage dans les quartiers populaires : sifflements, quolibets, insultes… Le politique avait rapidement empoigné la problématique du harcèlement de rue. Joëlle Milquet (CDH), alors ministre de l’Intérieur en charge de l’Egalité des chances, avait fait adopter la loi du 22 mai 2014 tendant à lutter contre le sexisme dans l’espace public. Elle punit d’une peine d’emprisonnement d’un mois à un an et/ou d’une amende de 50 à 1000 euros l’auteur de tout geste ou comportement qui a pour but d’exprimer un mépris envers une personne en raison de son sexe.

"Un instrument de communication politique"

La députée-bourgmestre de Molenbeek, Françoise Schepmans (MR) a voulu savoir combien de plaintes avaient déjà été déposées à Bruxelles sur base de cette loi. Dans une réponse écrite, le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon (N-VA), indique que… trois faits ont été enregistrés en matière de sexisme en 2015 dans la région de Bruxelles-Capitale, et plus précisément dans la "Zone Midi", les 5 autres zones n’ayant reçu aucune plainte. Autrement dit : la loi contre le harcèlement en rue ne fonctionne pas.

Faut-il s’en étonner ? Dans un article bien argumenté, Jimmy Charruau, docteur en droit de l’Université d’Angers, évoque la difficulté d’apporter des traces écrites (sinon la prise d’images ou de vidéos sur smartphones) et de recueillir des témoignages sur le harcèlement de rue. "Alors ineffective, la loi n’en est plus substantiellement une; elle devient au mieux ‘rite incantatoire’, au pire instrument de communication politique", juge-t-il durement. Le verbe remplaçant l’action, le législateur berce ainsi le justiciable d’une illusion de sécurité juridique, poursuit-il. "Plutôt que d’alourdir le droit pénal par une incrimination ineffective […], peut-être serait-il plus pertinent de sensibiliser davantage encore à la problématique du sexisme les personnels de police et de justice, tout comme les potentielles victimes qui, trop souvent, normalisent ces comportements - au point de ne jamais porter plainte."