Belgique

A Binche, le PS ne s'est jamais déclaré vaincu. Aucun des commentaires n'évoquait l'idée même de la défaite. Et le silence des socialistes, juste après les élections, signifiait sans doute que Marie Arena et son équipe n'avaient pas dit leur dernier mot. Lundi, la chef de file du PS binchois et le président de la fédération MR du Hainaut, Olivier Chastel, annonçaient que les négociations avaient accouché d'une coalition violette. "La somme des voix du MR et du PS est de 9 521 voix. Union en a obtenu 9 432. Le PS a en plus progressé de 3 sièges et atteint 39,9 pc", a commenté Marie Arena.

Le maïorat, auquel André Navez aurait dû être reconduit, passera aux mains de Laurent Devin, qui, avec 3 830 voix de préférence, se positionnait en deuxième place derrière le bourgmestre sortant (5 687 voix). "Nous avons mené des négociations sur base du travail à effectuer pour le projet de ville et uniquement sur cette base, il n'y a donc pas eu de pratique de débauchage, mais une décision claire, avec un partenaire fiable : le MR", a expliqué Marie Arena.

La semaine passée, Union, qui disposait de 16 sièges sur 31, avait mandaté son leader pour négocier en vue de conforter la majorité. Mais André Navez "attendait les propositions", dans une attitude peu proactive, et des démarches exclusivement interpersonnelles, selon le PS.

Jérôme Urbain, seul élu MR, pressenti comme partenaire potentiel, s'est donc allié aux 14 conseillers PS. Mais, à 15 contre 16, il manquait toujours l'élément permettant de renverser le rapport de force entre Union et l'opposition communale.

Marie-Rose Trézegnies, collaboratrice de la députée Florine Pary-Mille et conseillère communale sortante, avait quitté le MR binchois il y a quelques mois et était une des élues de la liste d'André Navez. "J'ai décidé de rejoindre mon parti, dont je fais partie depuis 1983 et de lui offrir cette chance d'être dans la majorité", a-t-elle annoncé lundi, aux côtés d'Olivier Chastel. "Je suis consciente que je vais décevoir beaucoup d'électeurs, mais j'ai moi-même été très déçue quand André Navez a annoncé, le soir du 8 octobre, qu'il céderait le maïorat en cours de mandat". Comme le veut le Code de la démocratie locale, elle siégera en tant qu'indépendante mais s'alliera à la majorité PS-MR dans les décisions.

Esprits échauffés

Dans le scénario prévu, le bourgmestre et six échevins seront des élus PS. Marie Arena restera conseillère communale et chef de groupe. Jérôme Urbain, premier échevin, se voit confier l'emploi, le commerce, les PME et le développement économique. Le MR obtient également la présidence du CPAS et des "Habitations sociales de Binche et environs". C'est Marie-Rose Trézegnies qui bénéficie du mandat dans cette société de logement de service public. Si les deux nouveaux partenaires peaufinent la redistribution des cartes, du côté du camp mis hors jeu, l'incompréhension annonce des lendemains qui déchantent. Etienne Piret, échevin de la Culture sortant (Union) a qualifié l'accord de "scandaleux, parce que ce n'est pas le résultat d'un combat légitime entre deux partis au coude à coude, mais d'une personne, qui fait tomber la majorité issue des urnes".

Le mandataire ajoute que "Marie-Rose Trézegnies avait notamment quitté le MR parce qu'un accord se dessinait avec le PS. Récemment, elle ne voulait même pas que Jérôme Urbain se joigne à nous dans la majorité. De plus, maintenant, 47 pc des Binchois vont avoir un bourgmestre qu'ils n'ont pas choisi". Laurent Devin, 36 ans, député wallon et conseiller communal sortant, tient à "réaliser le projet de ville, qui est très ambitieux pour les Binchois" et souhaite "travailler dans une ambiance constructive". A court terme, c'est, disons, compromis.

Lundi soir, plusieurs dizaines de Binchois attendaient Mme Trézegnies devant son domicile...

© La Libre Belgique 2006