Belgique Le secrétaire d’Etat reproche à la frégate "Louise-Marie" ses opérations de sauvetage de migrants en mer.

Dimanche, alors qu’il était invité sur le plateau de VTM Nieuws, le secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, Theo Francken (N-VA), n’a une nouvelle fois pas manqué de faire le buzz. Il a annoncé qu’il souhaitait que la mission Sophia à laquelle participe la frégate "Louise-Marie" de la marine belge en Méditerranée soit annulée. Le navire a pour mission de lutter contre les trafics d’êtres humains en venant en aide aux migrants qui se trouvent sur les embarcations.

Selon le secrétaire d’Etat, leur venir en aide créerait un appel d’air pour les "migrants illégaux". "Nous ferions mieux de ne plus rien faire. Ça provoque maintenant un appel d’air de migrants illégaux."

Volonté de non-intervention

Ce n’est pas la première fois que Theo Francken fait référence à cet "appel d’air" qui amènerait plus de migrants sur les routes de l’exil. Selon le secrétaire d’Etat, la présence d’associations et de frégates sur la mer Méditerranée encouragerait les migrants à emprunter cette route dangereuse.

Fin mars, le secrétaire d’Etat s’était affronté avec l’association Médecins sans frontières sur le réseau social Twitter. "Par vos actions de sauvetage juste devant les côtes, vous créez un effet d’aspiration et donc plus de mort. #paradoxe", avait-il tweeté. Theo Francken avait alors ajouté que de telles actions de sauvetage profiteraient au business des passeurs.

Face à la nouvelle polémique, l’ONG de défense des réfugiés n’a pas souhaité réagir. Au contraire, Charlotte Vandycke, directrice de l’ONG Vluchtelingenwerk Vlaanderen, a qualifié d’"absurde" la volonté du secrétaire d’Etat. "Ne pas accueillir ces personnes est synonyme de négligence grave", a-t-elle ajouté.

La marine belge : une nouvelle cible

Alors que les reproches étaient auparavant adressés aux ONGs et associations d’aide aux migrants, Theo Francken prend aujourd’hui la marine belge pour cible. Depuis le lancement de la deuxième opération Sophia le 18 juin dernier, la frégate belge a secouru 118 migrants au large des côtes libyennes. En novembre dernier, 172 autres personnes avaient été secourues dans le cadre de la mission.

Le ministre de la Défense, Steven Vandeput (N-VA), a souligné qu’il ne ferait pas revenir la frégate et ses 175 militaires avant la fin de la mission, le 28 juillet 2017. Une information confirmée lundi après-midi par le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders (MR).

Renvoyer les bateaux vers l’Afrique

"Attention, les personnes en danger doivent être sauvées. Mais elles ne doivent pas être conduites en Europe", a ajouté dimanche Theo Francken. Le secrétaire d’Etat s’en prend aussi à l’Italie. Il réclame un accord entre ce pays et la Libye ainsi que la Tunisie pour y renvoyer les bateaux de migrants interceptés.

M. Vandeput a annoncé qu’il ne souhaitait pas que la frégate participe à une nouvelle mission en 2018 dans les conditions actuelles, c’est-à-dire sans possibilité d’intervention dans les eaux territoriales libyennes.

Le ministre Reynders estime également qu’il faudrait pouvoir intervenir dans les eaux libyennes pour ramener à terre les migrants qui ont pris place sur des embarcations souvent frêles. "Cela n’a pas de sens de les attendre dans les eaux internationales, ça a quelque chose de cynique." Pour le ministre, il faudrait renforcer les contrôles aux frontières de la Lybie avec la Tunisie et investir dans des centres d’accueil en Libye et déterminer, de là, ceux qui peuvent venir en Europe et ceux qui n’ont aucune chance.