La mémoire de l'Yser s'est éteinte à 102 ans

PAUL VAUTE Publié le - Mis à jour le

Belgique

Le dernier 11 novembre, en 2000, il était toujours là, comme chaque année, aux côtés du Roi à la colonne du Congrès, pour y représenter les 370 000 soldats belges qui participèrent à la Première Guerre mondiale. Des quelques survivants toujours en plus petit nombre, que leur état de santé ne permet plus de participer aux commémorations, il était, depuis la disparition il y a trois mois de Michiel Coghe, de Gits, le dernier homme.

Le décès de Paul Jean-Marie Ooghe, d'Anderlecht, samedi à l'âge de 102 ans - annoncé lundi par le quotidien «La Dernière Heure» - ne laisse plus, sur les listes de la Caisse nationale des pensions de guerre, que le nom d'une infirmière, Helvina Massaer de Heist-op-den-Berg, née en 1900, nous dit-on. Une autre centenaire au moins, infirmière également et d'Anvers, est généralement citée mais elle n'est inscrite ni à la Caisse ni à l'Institut national des invalides de guerre. Quant aux invalides civils, ils étaient au nombre de 92 (84 en Belgique, 8 à l'étranger) à la date du 31 décembre 2000.

«TRÈS BRAVE AU FEU»

Né le 17 mai 1899, Paul Ooghe avait rejoint l'armée en 1916. «Pour cela, il est passé par la Hollande, puis l'Angleterre et la France pour arriver finalement sur le front belge

Nous dit Jean Van Audenhove, membre de la Fédération des associations patriotiques et animateur du bulletin «Anderlechtensia». Il avait 16 ans à peine mais comme la plupart, il a certainement triché sur son âge pour se faire accepter dans l'armée. En général, on fermait les yeux.» En 1940 aussi, il tenta d'aller au combat, mais sans réussir cette fois.

Sa première croix de guerre, le volontaire l'avait reçue dès septembre 1917. «Militaire de très bonne conduite», «très brave au feu», il «s'est vaillamment comporté au cours de l'attaque d'une tranchée ennemie, située à 200 mètres au-delà du canal de l'Yperlée», lit-on dans l'arrêté royal.

Après une carrière de dessinateur industriel, il avait pris sa pension en 1964. «C'était un homme jovial et d'une santé de fer, se souvient Jean Van Audenhove. Quand je suis allé le voir pour écrire un article à l'occasion de son centenaire, j'avais préparé une série de questions mais il m'a dit: «Laissez-les là.» Et il a parlé pendant deux heures. J'ai à peine pu placer un mot! Il n'y a pas si longtemps, il s'est encore rendu en Angleterre et au Canada. Il était invité un peu partout.»

Les obsèques seront célébrées vendredi en l'église Saint-Joseph à Anderlecht.

© La Libre Belgique 2001

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