Belgique

ENVOYÉ SPÉCIAL À RAVENSBRÜCK

ET SACHSENHAUSEN

J e faisais partie du réseau Comète, une ligne d'évasion de pilotes alliés, pour la région d'Hasselt. Je suis arrivée ici en mars 1944 après avoir été arrêtée comme quinze de mes compagnons de réseau. Cinq seulement en sont revenus.» Dans la salle du plan du camp de Ravensbrück, au nord de Berlin, Simone Degueldre, présidente de l'amicale des rescapées du seul camp de concentration de femmes, vient d'entamer son témoignage sur ce qu'elle a vécu ici et à Sachsenhausen (Oranienburg) pendant un peu plus d'un an. Les jeunes étudiants wallons et leurs «parrains» parlementaires écoutent attentivement le récit d'une femme ordinaire devenue héroïne malgré elle. Malgré le poids des ans, elle tient à poursuivre le combat de toutes celles qui en sortant de cette géhenne se sont engagées à transmettre le flambeau de la mémoire. D'évocation de l'horreur, l'épopée de cette petite femme frêle mais énergique se mue en intense émotion lorsqu'elle en vient à raconter la libération annoncée du camp et la marche de la mort qu'elle a dû accomplir jusqu'à Sachsenhausen, où elle retrouva sa mère, qui avait été déportée en même temps qu'elle.

Vraie prise de conscience

Pendant deux jours, à Ravensbrück jeudi et à Sachsenhausen vendredi, le Parlement wallon a fait honneur à sa mission. L'heure était certes aussi au souvenir mais l'heureux partenariat entre élus et jeunes fera que ce déplacement en Allemagne ne fut pas qu'un voyage scolaire de plus. Logique avec lui-même, le Bureau de l'assemblée wallonne: seuls 71 élus sur 75 avaient été invités, à savoir les élus des formations démocratiques. Près de deux tiers d'entre eux ont finalement répondu à l'appel.

Certains n'ont du reste pas attendu le 25e anniversaire du fédéralisme pour prendre conscience de la nécessité de transmettre le flambeau de la mémoire. Maurice Bayenet, chef de groupe PS, est déjà venu à plusieurs reprises sur place avec Lucienne Metzeler, une autre «ancienne» de Ravensbrück. Grâce à eux, les Dinantais ont déjà pu être sensibilisés au drame de la guerre - à vrai dire, ils l'étaient déjà dès la Première Guerre lorsque leur ville fut mise à sac par l'envahisseur - mais aussi à la nécessité de ne pas baisser la garde démocratique. La flamme ne s'éteindra pas de si vite dans la cité du rocher Bayard grâce au travail dynamique de la laïcité organisée locale, et c'est tant mieux!

Pour Serge Kubla comme pour Michel de Lamotte, respectivement chefs de groupe MR et CDH, la mission avec les jeunes peut déboucher sur «une vraie prise de conscience» car ce fut avant tout «un travail de semence». Dans la délégation des parlementaires, les trois députés élus en Communauté germanophone (PS, CDH et Ecolo) auront aussi été particulièrement attentifs aux choix des jeunes, ayant veillé à ce que ce soient de vrais passeurs de mémoire. Plus que d'autres, sans doute, les germanophones font bloc, oubliant les barrières partisanes au profit de l'essentiel. «Dans notre région, le devoir de mémoire est essentiel», souligne le député socialiste Edmund Stoffels. «Ayant été annexés au Reich, les cantons de l'Est sont très attentifs à l'étude de ce passé.» Et de se réjouir des travaux très éclairants de l'historien Bruno Kartheuser. Mais Stoffels veut aller plus loin et, à l'instar de ce qui avait été mené, voici deux ans, avec la cellule «Démocratie ou barbarie» de la Communauté française - représentée ici par Claire Pahaut - il verrait bien une plus grande implication des écoles de la région et une collaboration active avec les médias régionaux, en l'occurrence le «Grenz-Echo», la BRF ou encore la jeune télévision locale.

Mais les jeunes, qu'en pensent-ils donc? Pour la plupart, ce pèlerinage a été une révélation. «On avait vu pas mal de films sur le sujet mais le témoignage des détenues a été un vrai choc. Même si on a éliminé pas mal de preuves de l'horreur, nous nous sommes vraiment rendu compte de ce qui s'est passé ici...» Un gage positif pour l'avenir? «On ne sort pas indemne; on doit absolument tout faire pour que ça n'arrive plus.» Le passage du témoin est fait; restera à transmettre la passion aux copains.

© La Libre Belgique 2005