Belgique

L es personnes admises en tant que membres d’une loge doivent être des hommes bons et sincères, nés libres, d’âge mûr et pleins de sagesse, ni esclaves, ni femmes, ni hommes immoraux ou de scandale, des hommes de bonne réputation"

Lorsqu’on évoque cet article des Constitutions d’Anderson - que les francs-maçons considèrent historiquement comme leur loi fondamentale de base - dans certains cénacles féministes, les crispations émergent. Et pour cause, puisqu’à en croire ce pasteur presbytérien qui jeta les bases de la maçonnerie spéculative en 1723, la moitié de l’humanité devait être assimilée aux serfs et aux hommes de mauvaise vie. Et donc elle ne pouvait en aucune manière fréquenter les ateliers!

Dieu merci, si l’on ose dire, à l’instar de bien d’autres sociétés, la maçonnerie a évolué et aujourd’hui, il existe non seulement déjà certaines obédiences mixtes comme le Droit Humain mais dans certaines contrées, les "filles d’Eve" ont leurs propres obédiences.

Reste à vaincre, à tort ou à raison, un dernier obstacle : instaurer une réelle mixité dans toutes les obédiences et plus particulièrement dans celles qui comptent le plus grand nombre de membres. Une question qui ne se limite pas aux pratiquants de l’Art royal : certains très estimables clubs de monsieurs bien mis et propres sur eux pratiquent aussi toujours cette discrimination.

Si l’on aborde ce sujet, c’est qu’en France, le principal courant maçonnique, le Grand Orient de France, a décidé samedi à une majorité de 56 % de refuser l’initiation de femmes ou l’affiliation de sœurs dans ses ateliers.

Et en Belgique ? "Le débat suit son cours", explique Bertrand Fondu, le Grand Maître du Grand Orient. "L’an dernier, le Grand Collège, entendez : l’assemblée de nos Vénérables Maîtres, a décidé de créer une commission sur la question. Avec une vaste réfle xion notamment juridique qui arrivera à son terme le 11 octobre. Le GOB entend respecter l’avis de ses membres et c’est pourquoi cette consultation a été lancée. Mais entendons-nous bien : il s’agit bien ici de savoir si à terme on doit envisager la création de loges mixtes ou non mixtes voire masculines ou féminines. En fait, la maçonnerie que nous représentons a bien évidemment suivi l’évolution de la société et il ne faut plus lire les textes fondateurs de manière littérale. C’est ainsi que nos Loges qui n’initient que des hommes peuvent décider souverainement d’accueillir des Soeurs comme visiteuses soit à tout moment, soit lors de circonstances particulières comme des initiations, la célébration des solstices ou encore des tenues anniversaires".

On ajoutera qu’il y a également des tenues interobédientielles qui réunissent à côté du Grand Orient, tels la Grande Loge féminine de Belgique ou encore le Droit Humain qui est non seulement mixte mais même largement centenaire puisque le premier atelier hommes/femmes y vit le jour en 1893.

"Il y a en fait une évolution des esprits depuis une vingtaine d’années", poursuit Bertrand Fondu, "mais il ne faut pas se méprendre : comme nous sommes dans une société du ressenti, il y a des mutations qui ne se font que difficilement, mais ce n’est certainement plus une question de reconnaissance de l’égalité entre les hommes et les femmes. D’où l’idée de la plus large consultation de nos membres. D’ici quelques semaines, l’on saura s’il faudra ou non procéder à une révision de notre constitution "

Du côté de la maçonnerie régulière, l’on n’en est pas encore là : "Le fait que les Loges soient réservées aux hommes peut être mis en parallèle avec la nature des travaux qui s’y déroulent", explique-t-on sur le site de la Grande Loge régulière de Belgique.

"Ces travaux touchent à la personnalité même des participants, qui privilégient l’être sur le paraître, et qui s’invitent, dans un climat empreint de sérénité, à connaître leurs qualités et leurs défauts, sans concession aux convenances de la société profane, dont la Loge ne cherche d’ailleurs pas à reproduire le modèle dans son univers sacré." Mais d’ajouter quand même que "le Maçon voue un réel respect et un grand attachement à la femme, et rien dans ses travaux initiatiques ne saurait heurter ses convictions à cet égard, pas plus qu’ils ne l’empêchent de la considérer comme son égale dans la société".

Enfin, pour être complets, on précisera encore que certains ateliers déjà mixtes ont rejoint le Grand Orient du Luxembourg. C’est le cas de la loge liégeoise "Montaigne". "Les discriminations philosophiques, politiques, raciales, sexuelles et autres doivent particulièrement retenir l’attention de la loge étant donné qu’elles obéissent et donnent lieu à des préjugés dont la force est souvent proportionnelle à l’illusion que chacun peut avoir de s’en être libéré", y précise-t-on. Le débat se poursuit