La N-VA au chevet de la monarchie

C.Le Publié le - Mis à jour le

Belgique

Il n’y avait plus guère de places libres, mardi à la salle du Congrès du Palais de la Nation où la N-VA organisait un colloque sur l’avenir de la monarchie. C’est dire si la question préoccupe les militants nationalistes - où étaient les représentants des autres partis ? - mais aussi nombre de médias, à en juger par la présence - importante - de journalistes du Nord et du Sud.

Si l’agenda républicain du parti de Bart De Wever a émergé logiquement dans les interventions de Jan Jambon et de Théo Francken, les incontestables "recordmen" des questions parlementaires sur le sujet, on n’a pas perdu son temps à suivre les interventions des professeurs constitutionnalistes invités à en débattre. On ne sera pas désagréable à l’égard du Pr Herman Matthijs (VUB et UGent) en disant que c’est sans doute celui qui nous a le moins éclairés sur le sujet. Normal: depuis pas mal d’années, il se livre à l’exercice de comparer les monarchies mais aussi des républiques sur leur coût et leur fonctionnement. Sans surprise, il a répété que le système belge n’était pas le plus transparent et gagnerait à ce qu’il y ait une plus grande publicité autour de son fonctionnement. Au passage, il a rendu hommage à Nicolas Sarkozy qui bien plus que ses prédécesseurs a opté pour la clarté du fonctionnement des hautes sphères de la France. Pour le reste, il n’y a pas de système parfait mais pas non plus de secrets honteux dans les monarchies européennes. Il a aussi fait remarquer en ces temps difficiles pour les pensions que les coûts de ceux des chefs d’Etat sortant sont nettement plus imposants et pour cause dans les républiques avec cinq "ex" en France et six en Allemagne.

Très intéressante aussi fut l’intervention du Pr Willem Konijnenbelt, ancien professeur de l’Université d’Amsterdam qui a parlé "du rôle du Roi dans la république des Pays-Bas" . Une provocation ? A peine, puisqu’après Philippe II, les Provinces unies prirent une configuration plus républicaine. Qu’à cela ne tienne, à la fin du XIXe siècle, les Pays-Bas (re)devinrent très monarchistes par leurs reines successives. Avec en passant une remarque intéressante sur le républicanisme et le protestantisme, religion très individualiste qui a beaucoup de mal à s’accommoder d’un pouvoir plus ou moins absolu. Plus intéressant encore fut son exposé sur l’évolution récente de l’institution qui montre que les différents partis politiques d’outre-Moerdijk sont prêts à débattre dans une certaine sérénité de l’avenir de la monarchie.

Le rôle du roi en question

Le lien avec le dernier intervenant, le constitutionnaliste des Facultés de Namur et sans nul doute proche de la N-VA qu’il a conseillé en son temps, Hendrik Vuye se fit sans problème.

Vuye a fait une analyse sans concessions qui a renvoyé sans cesse de la situation belge à la situation néerlandaise. Avec un constat qui devrait faire réfléchir : il y a vraiment lieu de s’interroger sur l’instrumentalisation de la monarchie par les partis politiques, ces derniers se servant du Roi en fonction de leurs intérêts propres avec la conséquence de fragiliser encore davantage la monarchie. Le Pr Vuye a déploré que les réformes de la monarchie promises après la crise de l’avortement de 1990 ou après le débat sur les dotations n’aient débouché que sur "des petites flammèches rapidement éteintes".

Le constitutionnaliste namurois a aussi secoué un brin le public en constatant que dans la longue formation gouvernementale après les élections de 2010, les partis socialistes, tant francophone que flamand avaient pu mener les manœuvres sous la houlette royale bien plus que la N-VA voire que le CD&V. Vuye reconnaît certes que Bart De Wever s’est retiré du jeu à l’été 2011 mais même en tenant compte de cela, il a voulu montrer que Laeken a été "utilisé" par le monde politique. Et de déplorer que le Roi ait joué dans cette crise un rôle qui ne pouvait être le sien avant de se demander comment cela va se passer après les élections groupées de 2014. Hendrik Vuye va jusqu’à se demander "si une monarchie modernisée peut encore survivre en Belgique". Mais le constitutionnaliste namuro-flamand n’en prépare pas pour autant l’échafaud : "En préparant mon intervention, j’ai été frappé par la volonté néerlandaise de faire de la monarchie un signe de ralliement de l’ensemble de la nation. Certes son rôle ne serait plus que symbolique mais elle serait un lien unificateur." Chez nous, on s’en est éloigné et c’est pourquoi Hendrik Vuye plaide pour que l’on lance ce débat en temps utile et pas au moment du changement de règne, quel qu’il soit. Et de préférence, "de manière rationnelle". Avant de conclure : "Ce n’est pas parce qu’on est républicain qu’on ne peut pas faire évoluer la monarchie..."

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