Belgique

ENQUÊTE

Les pratiques, sans doute légales mais qui choquent l'éthique politique, révélées à Charleroi ces derniers jours par la presse sont loin d'être le propre du Pays noir. Liège qui abrite l'autre plus grosse fédération du PS serait aussi le théâtre de pratiques similaires. Des observateurs pointent du doigt la toile d'araignée que semble tisser, lentement mais sûrement, le vice-Président wallon Michel Daerden (PS).

En effet, ce dernier a été élu en mai à la présidence de la SLF, la Société de Leasing, de financement et d'économie d'énergie. «Il a d'abord été désigné comme administrateur avant d'être élu président à l'unanimité par le conseil d'administration. Mais il s'est aussitôt déclaré empêché, car il estimait que la fonction est incompatible avec son mandat ministériel», précise Gilbert Van Bouchaute, coordinateur général de la SLF et bourgmestre socialiste (proche de Michel Daerden) de Flémalle.

En s'installant, même empêché, dans le fauteuil présidentiel de cet incontournable outil économique, le maïeur en titre de la commune d'Ans dispose d'un atout inconsidérable pour réaliser ses desseins. L'un de ceux-ci est la mise en place d'une communauté économique à Liège qui, d'après lui, est plus facile à porter rapidement sur les fonts baptismaux qu'une communauté urbaine. Dans son projet, communes et provinces feraient apport de leur participation dans les intercommunales à la SLF qui se muera en holding. Or celle-ci est déjà aujourd'hui un mastodonte. La SLF a des participations dans des sociétés de gestion hospitalière et est actionnaire à 49 pc de la Société de promotion du circuit de Spa-Francorchamps. Elle est actionnaire de référence de Meusinvest et majoritaire dans la SAB, gestionnaire de l'aéroport de Liège-Bierset.

Proximité dérangeante

La nouvelle «promotion» de Michel Daerden met en avant son ancien cabinet de réviseurs d'entreprises (DC&Co), aujourd'hui piloté par son fils, l'élu wallon Frédéric Daerden. DC&Co est l'un des réviseurs de la SLF. D'après Daerden Jr, le ministre wallon du Budget n'a plus aucun lien avec son ancien cabinet. Mais il était jusqu'il y a peu actionnaire majoritaire et en percevait donc des dividendes. «Il en était le gérant jusqu'en 1994, année où il est devenu ministre. Il est resté associé, mais n'était plus actif. Quand nous avons restructuré le cabinet en 2001, il a vendu ses parts et aujourd'hui, il n'a plus rien à y voir», dit Frédéric Daerden.

Outre la SLF, DC&Co, fort d'un effectif d'une vingtaine de personnes (5 réviseurs), réalise (seul ou en partenariat) l'audit de nombre de structures dont Ethias, des intercommunales (ALE, SPE, AIEG, Idelux, etc.). Même s'il n'y a rien d'illégal, le nombre des sociétés publiques dont DC&Co réalise l'audit pose question à des observateurs qui relèvent que DC&Co n'est autre qu'un élément de la stratégie de Michel Daerden. «Ça fait plus de 10 ans qu'Ecolo met en lumière ces comportements politiques, je ne vise pas l'homme dont je reconnais les compétences, mais un système qui relève d'une logique particratique insupportable. Certes on nous rétorquera que ce n'est pas illégal, mais peut-on être à ce point juge et partie? Au sein même du PS liégeois, des voix s'élèvent contre ces pratiques. Mais l'homme est puissant et beaucoup de personnes lui doivent quelque chose», dénonce le député régional, Bernard Wesphael (Ecolo).

© La Libre Belgique 2005