La parole aux parias de l’école

L. G. Publié le - Mis à jour le

Belgique

Si son niveau moyen n’a pas à rougir sur la scène internationale, notre enseignement est marqué par une terrible inégalité des chances. Redoublement, relégation et décrochage scolaire, trois spécialités belges, sont intimement liés à l’origine socio-économique des élèves qui les vivent. Le système scolaire reproduit les inégalités sociales. Le constat n’est pas neuf. Les études internationales se suivent et se ressemblent, toujours plus cruelles pour l’école belge, du nord comme du sud du pays. Mais cette inégalité, cette vulnérabilité sociale - l’absence de connaissances linguistiques, d’un bon suivi par les parents, de pair avec une influence positive, qui entraîne une diminution des chances de réussir le parcours scolaire - est rarement vue par le prisme des principaux intéressés.

C’est la raison pour laquelle la section belge d’Unicef (le Fonds des Nations unies pour l’Enfance) a donné la parole à près d’un millier de ces enfants et jeunes "vulnérables" dans le débat sur l’enseignement. Une manière de se rendre compte que, derrière les statistiques d’échec ou d’exclusion scolaires, il y a des filles et des garçons, issus de l’immigration ou non, en ville ou à la campagne, et qui ont leur vision des choses. Une vision qui ne correspond pas nécessairement à celle des autres acteurs du système scolaire, et que l’Unicef juge dès lors indispensable d’intégrer dans la réflexion sur notre système éducatif.

Le fruit de ce travail (1), intitulé "Egalité des chances à l’école ? Voilà ce qu’ils en pensent", montrent d’abord comment ces jeunes voient leurs enseignants. Parfois comme des personnes de confiance qui font vraiment la différence dans leur vie. Souvent comme des adultes "qui vivent beaucoup trop dans leur propre petit univers" et "ne savent pas combien la vie est dure" ; qui "ne savent pas comment gérer certains élèves" et, du coup, "sont stressés parce que cela leur pose des problèmes, et au final c’est sur nous que ça retombe" . Les jeunes peuvent cependant se montrer compréhensifs vis-à-vis des profs : "Il n’y a pas de bons ou mauvais élèves. Il n’y a que de bons ou de mauvais enseignants. Parce que c’est un métier qui a été malheureusement sous-évalué et dévalué, ne fût-ce que par les conditions financières et de travail, la charge de travail en permanence."

Les élèves d’origine étrangère constatent pour leur part une différence de traitement : "Quand un Flamand a six échecs, on lui dit : Bon, on va t’aider et tu pourras réussir ton année. Et on le laisse passer à l’année suivante. Quand cela concerne un allochtone, on lui dit simplement : Non, ça ne va pas. Passe en technique."

Les jeunes ont également confié leurs sentiments sur l’ambiance à l’école, "un endroit sympa quand personne ne se fait harceler" , sur l’état des bâtiments scolaires ( "je ne mérite pas d’aller dans une école comme ça" ) et sur le parcours scolaire, qui ressemble très souvent à une course d’obstacles. Enfants et ados se montrent sévères avec le système scolaire, basé sur les points ( "si tu n’obtiens pas de bons points, tu es considéré comme paresseux, rebelle ou stupide. Incapable de faire quoi que ce soit aujourd’hui et pour le reste de tes jours" ), la relégation en cascade vers des filières moins cotées ( "si tu es en professionnel, tu n’es pas quelqu’un de bien parce que tu as choisi l’avant-dernière option possible, le spécialisé étant la dernière" ) ou le redoublement ( "je ne veux pas redoubler. Je veux que la maîtresse me donne plus de travaux jusqu’à ce que je puisse à nouveau suivre avec le reste de la classe" ).

Des témoignages précieux, venus d’en bas, que devront lire les responsables de notre enseignement, tout là-haut.

(1) Rapport à lire sur www.unicef.be

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