Belgique Didier, 47 ans, est un habitué de “Jamais Sans Toit”. Lui, qui est actuellement sans domicile fixe et sans travail, profite de cette journée pour passer le temps, tant bien que mal, auprès d'autres personnes dans sa situation. Car si il y a bien quelque chose qui ne passe pas quand on est sans-abri, c'est le temps. Les journées se suivent et se ressemblent, et la seule obsession reste de trouver de quoi se nourrir et un lieu où dormir.

Didier connaît bien cette situation. Ce bruxellois avait pourtant une vie avant ça, un travail, un logement, une femme et même une fille. D'ailleurs, il le rappelle lui-même, “la précarité ne peut pas être une étiquette, ça peut arriver à n'importe qui peu importe sa situation, son bagage personnel et même à des personnes qui étaient bien insérées dans le monde professionnel”.

Avant, dans les années 80, c'était un peu différent selon lui. Il y avait des squats où “les gens dans les situations financières difficiles s'entraidaient. Ceux qui ne respectaient pas un minimum d'hygiène avaient une mise à pied. Maintenant les squats il n'y en a plus, vous n'y voyez que des piqures, des drogués, c'est devenu malsain”. Pour essayer de sortir de la rue, Didier a donc rejoint certaines structures d'accueil. “Ces maisons d'accueil ont des règlements spécifiques que tout le monde n'accepte pas. Ils ont, au niveau social, l'envie de vous aider mais bien souvent ça n'aboutit pas. Donc on vit dans cette structure et on fait fonctionner cet encadrement mais notre situation n'évolue pas, ça fait vivre le social”.

Mais Didier n'est pas un enfant de la rue. Il s'est retrouvé dans cette situation un peu par hasard, suite à un évènement que beaucoup vivent au quotidien. “Ca n'allait plus trop avec ma femme et j'avais un mois pour quitter le foyer. Je me suis retrouvé comme ça, j'ai donc été habiter dans une cage a poule à Ottignies dans le style cellule, mais j'ai mal vécu la chose comme la majorité des hommes. J'ai aussi mal vécu la séparation avec ma fille. Des fois c'était même plus dur de la voir plutôt que de ne pas la voir”.

Devant l'absence du néerlandais, la difficulté de Didier pour trouver du travail a augmenté. Il a donc préféré se rendre en Wallonie. “Là-bas, j'ai trouvé du travail et j'avais un studio, j'étais vraiment très bien. Mais une fois l'hiver arrivé c'était difficile d'aller au travail avec mon scooter. Et j'ai perdu mon travail. Suite à ça, je suis allé vivre chez mon cousin, mais je ne pouvais pas rester éternellement, du coup je suis revenu sur Bruxelles”. Depuis le mois de janvier, Didier cherche de nouveau du travail, mais sans diplôme, sans qualification et sans être bilingue ça devient difficile. Didier essaie pourtant de ne pas devoir dormir dehors. “J'ai vécu chez une amie, qui pendant quatre mois m'a aidé financièrement, alors j'ai marqué les montants qu'elle m'a prêté et j'ai rendu ces montants là. J'ai aussi regardé combien elle paie de loyer et je l'ai aussi indemnisée par rapport à ça aussi”.

Didier, d'un calme extrême, a pourtant toujours autant de mal à comprendre certains comportements: “Il y a beaucoup de gens qui voient les personnes dans la précarité ,et au final ils s'installent sur une terrasse et ils jugent parce qu'ils peuvent se permettre des activités que nous ne pouvons pas nous permettre”. Pour lui la plus grande difficulté de la personne sans-abri est de remonter la pente: “parfois on ne s'en rend pas compte mais on s'enterre soi-même”. Le vol des sans-abris aussi le perturbe. Mais Didier essaie d'affronter ça tant bien que mal en se faisant une carapace.

Malgré sa situation, il garde pourtant la tête haute et ne souhaite pas grand chose pour le futur: “j'ai 47 ans, j'aimerais quand même une stabilité, pour ma situation c'est vrai que je suis le premier en tort par rapport à ce que j'ai vécu de difficile. J'envisage modestement un petit logement, ça me plairait bien. Mais au préalable, c'est plutôt la réussite de ma fille qui m'importe le plus par rapport a ma situation personnelle.”