Belgique

Ya-t-il un manque structurel de nouvelles recrues policières pour remplir les cadres des 195 zones de police et de la police fédérale ? D’aucuns, comme les syndicats policiers et des experts, le clament depuis des années. Le débat a pris de l’ampleur à la suite de la mort du superviseur de la Stib, Iliaz Tahiraj, tué samedi dernier à Bruxelles.

Cet événement, qui a frappé tous les esprits, a convaincu la ministre de l’Intérieur, Joëlle Milquet, de renforcer les effectifs policiers chargés de la sécurisation des transports en commun. Elle a promis l’arrivée de 100 policiers supplémentaires dans les deux mois, dont 70 dès aujourd’hui, afin d’améliorer la sécurité dans les transports en commun bruxellois.

D’où la crainte, exprimée par les syndicats policiers, que ce déploiement dans la capitale ne se fasse au détriment des effectifs affectés hors de Bruxelles. Hors engagements nouveaux, pas de salut, soulignent-ils. Vincent Gilles, président du SLFP Police, le répète depuis 2008. Les précédents ministres de l’Intérieur ont diminué, dès cette année-là, l’engagement de recrues policières de 1 400 à 1 035 par an. Et de réclamer un rétablissement à 1 400 unités par an.

Le Conseil fédéral de police, qui regroupe des magistrats, des bourgmestres et des représentants des ministres de l’Intérieur et de la Justice, ont confirmé ce déficit. Et c’est sans compter avec la pyramide des âges : la moyenne d’âge est élevée, surtout dans le pilier judiciaire de la police fédérale. Ce poids des âges se fera ressentir principalement entre 2016 et 2021.

En matière de cadre des zones de police, une norme d’effectif minimal existe. Elle a été instaurée en 2002 lors de la réforme des polices. Appelée "norme KUL", du nom de l’Université catholique de Louvain, il s’agit d’un savant calcul prenant notamment en compte la population, la superficie de la zone et le taux de criminalité. Et sur cette base, il est clair qu’en termes de personnel, on est clairement en dessous des planchers. Il devrait y avoir 30 556 policiers locaux. Or, il n’y en a que 28 633. Il manque donc 1 923 policiers. Le déficit est très variable entre les Régions : compte tenu de sa population, c’est Bruxelles qui est la plus touchée (543 unités), devant la Wallonie (803 unités) et la Flandre (577 unités).

Ce manque criant à Bruxelles n’est contesté par personne. La faute notamment au manque de recrutement au sein de la population bruxelloise moins formée : les examens sont durs (en moyenne, chaque année, 1 300 candidats réussissent parmi 14 000 prétendants). La faute aussi au peu d’attractivité du travail à Bruxelles, plus difficile, occupé bien souvent par des policiers plus jeunes venus de Flandre et de Wallonie qui, dès qu’ils le peuvent, préfèrent rentrer dans leur province.

Ce chiffre de 1 923 policiers manquant au niveau local est contesté. La norme KUL, dit-on de toute part, est dépassée. "Cela fait 10 ans qu’elle est obsolète", relève ainsi Eric Paulus, chef de la zone Châtelet/Aiseau-Presles/Farciennes. Pour Mme Milquet, qui se base sur des analyses des besoins réalisées par la police fédérale et la Commission permanente de la police locale, il faut 1 400 recrutements par an : 1 015 pour la police locale et 385 pour la police fédérale. Pour elle aussi, la norme est inadéquate.

Pour 2012, elle compte désormais recruter au minimum 1 435 unités et promet d’autres engagements d’ici la fin de l’année. Dans les cinq mois, elle proposera au gouvernement un ensemble de mesures pour assurer la capacité d’engager au minimum et structurellement 1 400 policiers tous les ans.

Sera-ce suffisant ? Non, si l’on en croit le criminologue Brice De Ruyver (Université de Gand). Selon ce chercheur, qui a été conseiller sécurité du Premier ministre Guy Verhofstadt, les manques sont également criants à la police fédérale : il cite le chiffre de 1 200 membres du personnel et relève que 1 500 policiers partent à la retraite chaque année. "Depuis 2008, on n’a eu qu’une attitude purement budgétaire. Et c’est devenu véritablement intenable", dénonce-t-il.