Belgique

C'est l'événement éditorial du 175e anniversaire de la Belgique. Vendredi à la Chambre, sous la direction d'Herman De Croo, tout heureux de l'initiative, et en présence du chef de cabinet du Roi, Jacques van Ypersele, et du ministre d'Etat Willy Claes, les Editions Complexe et Lannoo ont présenté le premier volume de la «Nouvelle Histoire de Belgique». Un volume pour trois tomes: alors que Els Witte (VUB) a étudié «la construction de la Belgique (1828-1847)», Eliane Gubin (ULB) et Jean-Pierre Nandrin (Saint-Louis) se sont penchés sur «la Belgique libérale et bourgeoise (1846-1878)» alors que Gita Deneckere (RUGand) a étudié «les turbulences de la Belle Epoque» (1878-1905). Le tomes suivants sortiront en février et en juin 2006. Chaque auteur a explicité sa démarche alors que Michel Dumoulin (UCL), au nom du comité éditorial, a rappelé que «l'historiographie est le reflet de la période au coeur de laquelle elle s'exprime».

Mais, fort heureusement, les historiens dignes de ce nom parviennent, aujourd'hui, à transcender les approches réductrices limitées. Par exemple, régionales ou communautaires... Fort heureusement car «à force d'anachronismes, de relectures marquées par des a posteriori, l'histoire dérive vers l'outil de propagande» . Rien de cela ici mais plutôt la réalisation d'un rêve vieux de 25 ans du «patron» de Complexe, André Versaille. Lors du 150e anniversaire du pays, il avait exprimé à feu Jean Stengers son désir de voir émerger et de poublier une Histoire de Belgique pluraliste, entendez: à plusieurs mains, comme cela se fit et se fait régulièrement en France, mais le grand contemporaniste exprima ses plus vifs doutes sur la résussite de l'entreprise. D'autant plus que pour ce faire, il faudrait réunir un comité de facture pluraliste regroupant l'expression du ban et de l'arrière-ban de nos clivages. Le projet resta en carafe jusqu'à ce qu'en 2001, Michel Dumoulin marquât son accord alors qu'il venait de livrer la première approche globale et tout aussi pluraliste d'une biographie scientifique de Léopold III.

Le résultat? «Une histoire politique de la Belgique contemporaine, replacée dans son environnement économique et social et même culturel.» Sa grande richesse vient de ce que «chaque ouvrage étant le reflet de la sensibilité propre de ses auteurs, il n'y a cependant pas de ligne d'interprétation commune et encore moins de quelconque tentative d'inflexion du discours» . En clair, les neuf volumes (r)ouvrent vraiment le débat sur notre passé national. Sans tabou, ni censure de quelque ordre que ce soit.

D'une certaine manière, on ne peut que se réjouir que l'idée de Stengers n'ait pu se concrétiser à l'époque. Depuis lors, la Belgique est devenue (encore) plus fédérale mais surtout les clivages philosophiques stupides ont fait place à un dialogue réel. Et la Nouvelle Histoire de Belgique est bel et bien un enfant de son époque, comme l'était celle d'Henri Pirenne...

© La Libre Belgique 2005