Belgique Visite ce mercredi matin de la DMZ, cette zone qui sépare la Corée du Sud de la Corée du Nord. Un endroit qui a marqué les esprits de la délégation belge.

Tout avait été parfaitement préparé, minute par minute, pas par pas, pour la visite ce mercredi de la princesse Astrid et d’une partie de la délégation belge de la DMZ, cette zone démilitarisée qui sépare la Corée du Sud de la Corée du Nord. Un endroit unique au monde, le « dernier vestige de la guerre froide», comme le dit le vice-Premier ministre wallon Jean-Claude Marcourt, qui faisait partie de la délégation belge. Un endroit où se côtoient des soldats des Etats-Unis et d’autres pays représentant les Nations Unies. Et dont une des tâches est de faire en sorte que ce genre de visite puisse se dérouler sans la moindre anicroche, avec un parcours très strict où on ne peut pas passer certaines lignes bien délimitées. Où on ne peut photographier que la Corée du Nord, dont on voit une campagne verdoyante et ce simulacre de village, aux immeubles turquoises sans plancher et sans portes. La DMZ est aussi devenue, au fil des ans, un lieu touristique (visitée par 150 000 Coréens par an) comme en témoigne sa boutique très « couleur locale », vendant autant des vêtements militaires miniatures que des porte-clés avec un revolver.


Il était un peu moins de 9h30 quand la princesse Astrid, arrivée au « Joint Security Area » (considéré comme le seul point de passage existant entre les deux pays), a été accueillie par le colonel Seung. Dans un des rares moments d’improvisation, c’est elle qui lui présente les ministres belges venus en rang serré. Elle a droit ensuite, ainsi que la délégation officielle, à une petite explication sur cette zone hautement symbolique crée le 22 mars 1953 lors de la signature de l’armistice.

Quand on sait que plus de 3000 Belges ont été volontaires aux côtés des Coréens, lors de la guerre (qui a duré de 1950 à 1953) et dont 106 sont morts sur le champ de bataille, cette visite était incontournable. Une façon de rendre hommage à ces héros d’un autre temps. Plus de 60 ans après, leur engagement est encore dans les mémoires de tout un chacun. Lundi, lors de la rencontre entre le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, et le général américain Vincent K.Brooks, commandant des forces américaines basées en Corée du Sud, ce dernier lui a d’ailleurs montré le livre avec les noms de ces 106 héros, livre qui était posé sur une des trois tables de l’armistice.

Une fois la petite présentation dans la « freedom house » terminée, la princesse a pu se diriger vers la ligne de démarcation. Là où ont été installées quelques baraques bleues. Là ont lieu les contacts entre les représentants des Nations unies et ceux de la Corée du Nord. Signe que la dialogue a été coupé ces dernières années, la dernière rencontre remonte à 2009.

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En face des baraques bleues se trouve, un peu en hauteur, un grand bâtiment nord-coréen où un militaire monte la garde. Les soldats américains l’ont surnommé « Bob ». Voyant l’agitation de la visite, deux Nord-Coréens sont sortis pour prendre des photos. Une façon de montrer que le pays de Kim Jong Un reste vigilant. Dans le camp belge, c’est l’effervescence. Tout le monde sort son smartphone pour prendre des photos, conscients d’être dans un lieu symbolique.

Troisième étape de la visite : le promontoire duquel on peut voir le « bridge of no return » (le pont sans retour)et le village fantôme d’où est diffusée la musique de propagande nord-coréenne. Le colonel Seung donne des explications à la princesse Astrid. Pas question de se départir de son sérieux même quand la fille du roi Albert II essaye de plaisanter en demandant si on pourrait entendre la musique du chanteur vedette coréen Psy.


Le colonel Seung revient sur les hauts faits de ce lieu et en particulier quand, en 1978, le capitaine Boniface et un autre officier américain, ont été assassinés parce qu’ils étaient accusés d’avoir coupé un arbre qui aurait été planté par Kim II-Sung. On apprend aussi par un autre militaire que, l’année dernière, les Nord-Coréens ont placé des mines autour du « pont sans retour », ce qui empêche de s’en approcher.

Toutes ces évocations marquent les esprits. Les explications terminées, c’est le moment des photos et des selfies, y compris de la princesse Astrid.

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Garder en mémoire un endroit qui rappelle que la Corée du Nord est un pays qui maintient la pression vis-à-vis du reste du monde en voulant se doter de l’arme nucléaire. Un pays, qui, selon les dires du général Brooks à Didier Reynders, comporte un risque de commettre un geste dangereux. Sentiment étrange car cette analyse n’est pas en concordance avec le comportement de l’homme de la rue sud-coréen. Lui, entend-on, ne fait plus mine de s’inquiéter des menaces envoyées par les voisins du Nord.