Belgique

On a longtemps cru que la recherche historique que le Sénat a confiée en décembre 2008 au Centre d’études et de documentation Guerre et sociétés contemporaines pour tenter de lever les zones d’ombres autour de l’assassinat de Julien Lahaut en août 1950 allait passer aux oubliettes avant même d’avoir vu le jour. Non pas faute de volonté ou d’intérêt historique mais de moyens financiers. L’on se rappellera que la ministre de la Politique scientifique Sabine Laruelle (MR) avait marqué son accord mais le projet resta en rade parce que le gouvernement fédéral n’avait pas de moyens pour la subsidier. C’était compter sans l’eurodéputée socialiste liégeoise Véronique De Keyser qui mobilisa le ban et l’arrière-ban du monde progressiste afin qu’ils participent à une souscription pour faire la vérité historique sur le meurtre du président du Parti communiste belge abattu sur le pas de sa porte à Seraing. Elle parvint à rassembler 40 000 euros mais ce ne fut pas suffisant pour lancer le projet. C’était compter sans le ministre wallon et communautaire Jean-Marc Nollet (Ecolo) qui décida de dégager une somme de 150 000 euros.

Ce geste généreux fit grincer pas mal de chercheurs mais aussi l’opposition MR qui se demanda s’il était vraiment idoine de subsidier une recherche sur un thème dont on connaît les grandes lignes, notamment depuis que des émissions de télé y furent consacrées. Sans parler du livre-dossier signé par le directeur du Ceges Rudi Van Doorslaer et le producteur de la VRT, Etienne Verhoeyen. Mais bon, l’on disposait désormais des sommes pour lancer l’étude et pour la confier à des chercheurs encadrés par des spécialistes de la période. Elle vient d’être officiellement lancée comme l’a annoncé vendredi le Ceges.

"Dans un premier temps, précise Rudi Van Doorslaer, nous allons procéder à une analyse rigoureuse du déroulement des faits et de l’enquête judiciaire. De même, la manière dont des données en lien avec l’enquête sont parvenues à la connaissance du public après la clôture de l ’enquête judiciaire sera également étudiée en profondeur."

Et d’ajouter que "cette phase de l’étude sera réalisée par une équipe tricéphale. Elle est dirigée par le professeur Emmanuel Gerard dans le cadre d’une convention de collaboration conclue entre le Ceges et la KULeuven". Le Pr Gerard a déjà une expérience certaine de ce genre de travaux ayant notamment participé à l’enquête parlementaire sur l’assassinat de Patrice Lumumba. Pour l’épauler, il pourra compter sur deux chercheurs ont été engagés par le Ceges : Widukind De Ridder et Françoise Muller.

"C’est donc parti mais il est fondamental que nous puissions bénéficier d’autres moyens pour la deuxième phase du projet ! Elle est essentielle puisqu’elle traite spécifiquement des personnes qui, sans pour autant avoir pressé sur la gâchette, ont été de près ou de loin impliquées dans cet assassinat"