Belgique

L’Exécutif des Musulmans de Belgique a annoncé vendredi dans un communiqué qu’"après trois années de larges concertations menées au sein de la communauté musulmane de Belgique, il remettra son projet de renouvellement final au ministre de la Justice le 1er mars prochain". Et d’ajouter que "les grandes lignes de ce projet ont déjà été accueillies favorablement par Stefaan De Clerck en mai 2010". Cet optimisme n’est pas partagé, loin s’en faut, par l’Alternative démocratique des Musulmans de Belgique qui craint que la réforme soit marquée par certaines pressions extérieures pour ne pas dire étrangères. Et c’est ce qui l’amène à lancer un véritable SOS.

L’ADMB ? C’est une plate-forme qui dit "regrouper les forces vives de toutes les composantes de la communauté musulmane de Belgique sans distinction d’ethnie, de genre, ni d’écoles juridiques". Sa vocation ? "Promouvoir un Organe chef de culte re pré sentatif, démocratique et indépendant de toute forme d’ingérence." Pour sa porte-parole, IsabelleSoumaya Praile, "on est en effet dans une dérive communautariste inquiétante car quel ques membres de l’EMB ont confisqué le processus de consultation qui devait mener à un renouvellement de l’institution". Et de pointer "des organisations coupoles proches voire directement dépendantes d’Etats étrangers qui s’apprêtent à proposer un projet de renouvellement sans aucune légitimité". Sont visés ici à la fois la Turquie et le Maroc qui "ont régulièrement manifesté une volonté claire de contrôler la population musulmane de Belgique et de maintenir une mainmise sur leur processus d’intégration". Pour Isabelle Praile, "quelques (ex-)membres de l’EMB développent un projet reposant uniquement sur deux organisations coupoles turques et une marocaine qui représentent 120 mosquées sur 300 recensées en Belgique. Et cela , sans aucun contrôle de l’Assemblée générale de l’EMB". En les suivant, on confierait les processus de reconnaissance des mosquées et de désignation des imams ainsi que les nominations des enseignants de religion islamique et des conseillers islamiques en milieu carcéral à des musulmans à des Etats étrangers. "L’enjeu est donc de taille. Des pays tiers ne s’y sont pas trompés. L’exemple récent de la Tunisie benaliste et de son réseau tentaculaire de contrôle de ses citoyens en Europe a pourtant démontré le danger qu’une telle perspective peut faire peser."

C’est pourquoi l’Alternative des Musulmans de Belgique invite le ministre De Clerck à être très attentif avant de donner son approbation. L’ADMB revendique "une véritable alternative démocratique avec la volonté de tourner le dos à une gestion paternaliste de l’islam : il faut consulter la base et impliquer toutes les composantes de la communauté musulmane sans pour autant exclure les coupoles". Et de plaider pour "des listes électorales provinciales avec présence obligatoire d’un tiers de femmes ainsi que de personnes issues de communautés minoritaires". Autres pré-requis : "La connaissance obligatoire de la langue de la région où l’on est élu; l’exigence de la possession d’un diplôme du secondaire supérieur pour les candidats en dehors de tout statut diplomatique ou de l’exercice d’un quelconque mandat politique."