Belgique

Le mouvement sectaire raélien organise jeudi soir une conférence ouverte à tous dans un hôtel de Louvain-la-Neuve. Il s'est enregistré sous un autre nom. Et impossible d'empêcher la venue de la secte qui assure que la vie sur Terre a été créée par des extraterrestres, prône une sexualité totalement libérée et dont des dirigeants ont été condamnés pour faits de mœurs sur des mineurs.

“Toute forme de vie sur la Terre a été créée scientifiquement par une civilisation extraterrestre… Ils sont à l’origine de toutes les religions… Sommes-nous prêts à recevoir leur héritage philosophique et scientifique ?” Postée début mai sur Facebook, cette interrogation est une publicité – un “lien sponsorisé” – du mouvement raélien, invitant à une “expo-conférence”, dans un hôtel de Louvain-la-Neuve, ce 19 mai à 19 heures. Raël ? L’autre nom du “Messager” ou plus simplement de Claude Vorilhon (notre photo), fondateur de ce mouvement classé comme secte en France depuis 2005, et qui assure avoir vécu deux rencontres avec des extraterrestres, et être devenu leur prophète. Selon Raël, toutes les formes de vie sur Terre ont été créées par ces extraterrestres, les Elohim, grâce à une maîtrise du génie génétique et une avance scientifique de 25 000 ans. Folklorique et inoffensif ? Pas vraiment.

Eugénisme et abus sexuels

“Ce mouvement présente un profil de provocation relativement systématique”, remarque-t-on au CIAOSN. L’organisme belge qui étudie les organisations sectaires nuisibles souligne que le mouvement prône une sexualité totalement libérée et que plusieurs de ses dirigeants furent condamnés pour faits de mœurs sur mineurs par la Cour d’Appel de Colmar en 2005. Le mouvement se déclare également en faveur de l’eugénisme, et prône le remplacement de la démocratie par la “géniocratie”; système suivant lequel le pouvoir politique devrait être uniquement attribué à ce que le mouvement décrit comme des “génies”. C’est aussi le mouvement raélien qui avait annoncé en 2002 la naissance de bébés clonés, sans aucune preuve.

Surprise totale à l'hôtel

A l’hôtel Ibis de Louvain-la-Neuve, mercredi matin, on n’avait visiblement jamais entendu parler ni de Raël, ni des Elohim, et on n’était absolument pas au courant de la venue du mouvement raélien dans ces murs. “Et le nom de l’hôtel est sur Facebook ?”, interroge, stupéfait, le concierge à l’accueil. Il n’y a pourtant pas maldonne. Vérification faite par les responsables de l’hôtel, le mouvement raélien s’est bien inscrit, mais lors de la réservation de la salle, il s’est enregistré sous un autre nom, que l’hôtel ne veut toutefois pas nous révéler. “C’est une technique classique, analyse-t-on au CIAOSN. Il arrive en effet souvent que des hôtels ou des pouvoirs publics soient confrontés à ce subterfuge des sectes lors des locations de salles. “Les autorités communales sont en général plus prudentes, car elles craignent par exemple de louer leur salle à l’extrême-droite…”, constate-t-on au CIAOSN, qui poursuit : "en général, ce genre d’expo-conférence, c’est plutôt “gentil”, il n’y a pas de danger. Mais c’est après : les personnes qui y vont peuvent être recontactées, et alors être embrigadées…” Mais, problème pour ceux qui luttent contre les mouvements sectaires : impossible d’interdire ce genre d’événements.

Prosélytisme légal

Légalement, le mouvement raëlien a tout à fait le droit de tenir ce genre de conférence “entrée gratuite” et d’en faire de la publicité. “Cela touche à deux libertés publiques fondamentales, le droit au prosélytisme, corollaire de la liberté de conscience dans le chef du mouvement et la liberté de commerce dans le chef de l’hôtel, nous précise le service juridique du CIAOSN. Ces libertés de principe peuvent toutefois être limitées par la Ville ou la commune. En effet, le bourgmestre peut, dans des circonstances extraordinaires, interdire toute représentation pour assurer le maintien de la tranquillité publique. Aux yeux du bourgmestre Jean-Luc Roland (Ecolo) auquel “La Libre” a appris la venue du mouvement raélien sur son territoire, et qui indique avoir peu d’informations sur cette secte, la sécurité publique n’est ici pas mise en péril. Ses services n’interviendront donc pas pour interdire l’événement qui se déroule dans un lieu privé.

De toute façon, rappelle le CIAOSN, si l’on examine la jurisprudence, le Conseil d’Etat invalide les mesures d’interdiction de spectacles ou conférences, assimilant cette interdiction à une censure préalable. En revanche, “la question éthique reste en suspens mais force est de constater qu’elle repose sur la direction de l’hôtel.” Et celle-ci, mercredi après-midi, avait bien l’intention de ne pas rompre le contrat qu’elle a signé avec les représentants de la secte. L’aurait-elle conclu si elle avait été courant de la véritable identité de ses clients ? “Pas de commentaire”, nous répond-on à l’hôtel Ibis.