Belgique

Depuis la sortie du rapport final des Assises de l’interculturalité, il y avait un malaise au sein de la communauté juive face à ce texte et par extension envers la ministre Milquet, en charge de l’Egalité des chances, l’initiatrice de la grand-messe interculturelle.

En cause : une recommandation au sujet de la loi contre le négationnisme. Si personne n’avait quoi que ce soit à redire à l’idée du comité de pilotage des Assises d’étendre la notion de génocide et de négationnisme contenue dans cette loi essentielle dans l’arsenal de la lutte contre le racisme votée en 1995 à d’autres massacres de masse comme le génocide du peuple arménien en 1915 ou celui du "Hutu Power" en 1994 au Rwanda à l’encontre des Tutsis, la communauté juive n’a pas caché son désarroi puis sa colère devant la suggestion du comité de pilotage de supprimer la référence spécifique au génocide commis par les nazis afin de pouvoir étendre la loi.

Se greffa là-dessus un autre constat dérangeant : si la communauté juive francophone bruxelloise a participé aux débats, le monde juif flamand n’a pas eu droit au chapitre aux Assises. L’affaire évoquée par "Joods Actueel" a fini par prendre une tournure communautaire malvenue avec la conséquence qu’elle a fait réagir dans ce sens la N-VA, puis l’Open VLD.

Et comme si cela ne suffisait pas, la publication du rapport des Assises a amené le Comité de Coordination des Organisations juives de Belgique (CCOJB) mais aussi Ibuka-Belgique (génocide rwandais) et le Comité des Arméniens de Belgique à unir leurs voix pour rejeter par avance la modification de la loi du 23 mars 1995 qui réprime la négation du génocide nazi !

Ensemble, le président du CCOJB, Maurice Sosnowski, celui d’Ibuka-Belgique, Albert Gakumba, et le président du Comité des Arméniens de Belgique, Michel Mahmourian, président du Comité des Arméniens de Belgique ont fait savoir qu’ "une marche arrière de cette loi adoptée par une large majorité aurait des effets ravageurs" . Ils ont aussi rappelé que si "cette loi se réfère explicitement au génocide nazi, ce n’était pas pour honorer les victimes, mais parce qu’une telle référence était et reste juridiquement indispensable". Qui plus est "cette loi a fait ses preuves à la fois par son effet dissuasif et son efficacité judiciaire". Cela dit, il est vrai que "depuis quelques années, le négationnisme renaît et se développe au sujet des génocides des Tutsis et des Arméniens, profitant de ce que la loi de 1995 ne les vise pas. C’est pourquoi il était important que répondant à une recommandation du Conseil de l’Europe, en 2004, le gouvernement soumette à la Chambre un projet de loi visant à étendre la loi de 1995. Hélas, il a fini par y renoncer alors que le 28 novembre 2008, le Conseil européen a adopté une décision-cadre relative à la lutte contre le racisme et la xénophobie engageant les Etats membres à réprimer pénalement toute forme de négationnisme".

En venant alors aux Assises de l’interculturalité, les représentants des associations précitées ont demandé que plutôt que de retirer la référence à la Shoah, on complète la loi en évoquant les génocides du Rwanda et d’Arménie.

Le message a été reçu 5 sur 5 par Joëlle Milquet qui a souligné face aux représentants du Consistoire central israélite, du Forum der Joodse Organisaties (FJO), du Comité de Coordination des Organisations juives (CCOJB) et du Cercle Ben Gourion que "donner de nouvelles possibilités ne doit pas impliquer le retrait de dispositions existantes importantes pour notre société".