La station Princesse Elisabeth paie les affaires courantes

Frédéric Chardon Publié le - Mis à jour le

Belgique

Les affaires courantes au fédéral risquent d’avoir des effets néfastes sur l’un des joyaux de la recherche belge : la station Princesse Elisabeth, située en Antarctique En effet, la convention qui organisait les missions scientifiques belges sur le continent austral (Belare, pour Belgian Antarctic Research Expedition), venue à échéance, n’a pu être reconduite faute de nouveau gouvernement. Conséquence : la contribution de l’armée pour la prochaine mission est hypothéquée.

Or, la présence des trois à quatre militaires mis à disposition chaque année est jugée absolument indispensable par l’explorateur Alain Hubert, président du Secrétariat polaire belge. Il commence d’ailleurs à paniquer La prochaine expédition Belare est mise en péril, a-t-il écrit le 10 mai dernier à la ministre fédérale en charge de la Politique scientifique, Sabine Laruelle (MR) : "Le général Delcour (le chef de l’armée belge, NdlR) a décidé de ne plus apporter de soutien en hommes pendant les campagnes Belare. Comme nous en avions parlé lors de notre rencontre la semaine passée, ceci pose un grave problème pour la (et les) prochaine(s) campagne(s) Belare [ ] Nous ne pourrions en aucun cas nous passer des services rendus par la Défense dans le support "mécanique" aux activités de Belare. Celles-ci sont très complexes et requièrent une formation en continu."

S’adressant toujours à Sabine Laruelle, Alain Hubert évoque notamment le cas d’un militaire particulièrement aguerri qui assure la coordination technique mécanique pendant tout l’été austral. Il est le seul, ajoute-t-il, à maîtriser parfaitement les véhicules utilisés dans les conditions extrêmes de l’Antarctique (les gros tracteurs Prinoth). "C’est donc une nouvelle catastrophique qui compromet totalement la tenue de la prochaine campagne que le Conseil stratégique doit lancer lors de sa prochaine séance le 6 juin prochain."

Vu cette situation critique, l’explorateur demande donc à la ministre Laruelle d’intervenir. "Je vous serais dès lors très obligé si vous pouviez prendre contact avec le ministre (Pieter De Crem, Ndlr) pour essayer de voir comment revenir sur cette décision, tout au moins pour les mécaniciens sans qui rien ne pourrait se faire."

Du côté de l’armée, on confirme toute l’affaire. "Officiellement, l’armée n’a reçu aucune demande pour les futures expéditions, explique un responsable militaire. C’est à la ministre Laruelle de prendre l’initiative. La précédente convention-cadre de cinq ans est venue à échéance et un nouveau texte, devant encadrer pendant vingt-cinq ans les contributions de chacun, a été préparé. Mais le gouvernement fédéral est tombé à ce moment-là. Tout est bloqué depuis en raison de l’impact budgétaire de cette nouvelle convention qui ne peut être approuvée en affaires courantes. Il est vrai que le simple transport par avion des scientifiques coûte 8 000 euros par personne."

Quant à l’importance si stratégique des militaires aux missions de recherche liées à la station Princesse Elisabeth : "L’armée a l’habitude de se trouver dans des situations extrêmes. Ses mécaniciens sont donc formés pour trouver des solutions et réparer les machines sur place quoi qu’il arrive", explique le même responsable militaire.

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