La statuette de maman Joëlle

Annick Hovine Publié le - Mis à jour le

Belgique Rencontre

On a cru, un bref instant, que l’objet fétiche de Joëlle Milquet était un signataire. Dans le bureau de la ministre CDH de l’Intérieur, rencontrée entre la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques à Londres et son départ en vacances, les fardes contenant les documents à signer s’entassent et encombrent, par piles inégales, la longue table basse. Elle tourne les pages et paraphe à toute vitesse, pour boucler le boulot avant le soir. "Ah zut, ici, j’ai signé à la place du bourgmestre"

Une statuette en bois émerge entre les lettres et autres documents urgents à traiter. "J’adore l’art africain, un peu épuré, primitif. J’ai des dizaines d’objets à la maison. Cette statuette qui vient d’Afrique centrale représente la femme, la fertilité, la mère. J’aime son aspect émouvant et très pur à la fois". Joëlle Milquet y voit les balbutiements de l’art humain, l’ébauche de l’humanité artistique. "Elle pourrait être maya. Au-delà de l’esthétisme, c’est un symbole universaliste de la mère et de la vie. On le retrouve partout dans le monde. Ca m’a toujours touchée".

Un soupir. "Sans être une féministe exaltée, il reste un grand combat à mener pour la place de la femme dans la société. Et cela prend un temps infiniment long". On doit reprendre ce combat qui a parfois été ridiculisé - qu’on pense au sexe des noms - alors que la situation des femmes reste grave dans certaines parties du monde, insiste la ministre qui est aussi en charge de l’Egalité des chances. "Ca reste toujours compliqué de convaincre".

Ses étagères personnelles regorgent de petits bibelots. "J’en ai tellement, de tous les continents ! J’en ai ramené beaucoup de différents voyages. J’en ai déniché certains au détour d’une brocante. Comme tout le monde sait que j’aime ça, j’en reçois aussi. Les donateurs sont parfois anonymes", s’amuse-t-elle. "Une dame qui revendait toute sa collection d’art africain a pris contact avec moi, pour voir s’il n’y avait pas quelque chose qui pouvait m’intéresser ".

Mais au fond, d’où vient cette passion pour l’Afrique, en particulier ? Joëlle Milquet a fait plusieurs voyages au Sénégal, au Rwanda, au Burundi, au Congo C’est au pays Dogon, au Mali, qu’elle a posé pour la première fois le pied en terre africaine. À 25 ans. "J’ai eu un sentiment étrange qui ne m’était jamais arrivé : j’ai eu l’impression de rentrer chez moi. Si je croyais à l’existence de vies antérieures - ce qui n’est pas le cas ! -, c’est ce que j’aurais sans doute éprouvé. C’est comme une seconde nature. J’ai un amour profond et précoce pour le tam-tam, la danse, les paysages africains. J’adore les sonorités du tambour". Comme les rythmes de Youssou N’dour et les chansons d’Amadou et Mariam. "Il y a quelque chose avec l’Afrique qui dépasse ‘Tintin au Congo’ et l’histoire belgo-africaine", ajoute-t-elle.

Et dans cet objet, précisément choisi, il y a le symbole fort de la maternité. "Si je devais ne retenir que ce qui a un sens le plus profond, au-delà de tout ce qu’on peut faire dans une vie, ce sont les enfants", dit cette maman de deux filles et de deux garçons. "Donner la vie, c’est fantastique. Lancer un enfant dans la vie, que ce soit en le mettant au monde, en l’adoptant ou en l’accueillant, et l’élever, c’est magnifique. Rien ne peut égaler la maternité : la chance de la connaître et de l’assumer au quotidien".

C’est, au fond, la plus belle compensation dont bénéficient les femmes en comparaison de toutes les discriminations qu’elles subissent par rapport aux hommes. "Le plus fort de l’humanité, c’est la générosité, qui est incarnée par la maternité. Il y a tant de mères admirables, capables de s’oublier, de tout donner, de rester mères malgré tout".

Un œil sur la statuette aux formes rondes. "Elle a quelque chose de très rassurant. Aujourd’hui, le lien horizontal, entre hommes et femmes, est moins durable. Mais le lien vertical, du parent à l’enfant, il est immuable : il passe les civilisations. La mère africaine, c’est la protection, la chaleur". Ce n’est pas pour rien qu’on s’appelle là-bas "maman" Colette, "maman" Désirée ou "maman" Joëlle.

Publicité clickBoxBanner