Belgique

C'est en septembre 2005 que Michel Daerden, le ministre wallon (PS) de l'Equipement, avait annoncé pour janvier 2006 une vignette obligatoire dans la seule Wallonie. Or, depuis, le gouvernement wallon n'a en fait que rarement pris position officielle là-dessus. Il l'a fait jeudi matin à l'Elysette, pile poil (ce n'est pas un hasard) pour la visite du flamand Peeters. Que dit cette position, qui n'occupe que quatre brefs paragraphes, mais dont le décryptage dut accaparer deux heures de discussions entre confrères et décideurs, en l'absence du principal ministre intéressé (retenu au Parlement) ?

D'abord, tout système ne vaudra que pour les trois Régions à la fois. Pas ou plus question de faire cavalier seul, alors que M. Daerden n'en avait jamais vraiment exclu l'hypothèse.

Ensuite, le gouvernement "a marqué son accord de principe" à la mise en place d'un péage basé sur le nombre de kilomètres parcourus par les poids lourds. C'est donc "oui" aux demandes de Bruxelles et de la Flandre, dans la foulée du modèle à l'étude aux Pays- Bas - où il ne vaudra pas que pour les camions mais aussi, plus tard, pour les voitures.

Tertio, précisément, qu'en est-il des véhicules particuliers ? C'est ici qu'il y a du mou. Le gouvernement wallon dit "rappeler son souhait" de voir instaurer en même temps que la taxe poids lourds - "concomitamment", communique l'Elysette, d'une contorsion sémantique inhabituelle - un système de péage forfaitaire pour les voitures. Soit une "vignette électronique évolutive", à la durée choisie, sans coût additionnel pour les résidents belges (non pas en les exonérant du péage, ce que l'Europe ne voudrait pas, mais par autre compensation de type fiscal).

A moitié lié, totalement pas gagné

En clair, au Sud, les deux dossiers sont liés : prélèvement kilométrique côté poids lourds, vignette côté autos. Tous deux à envisager pour 2011. Ne serait-ce que de manière transitoire : pour des raisons techniques, les Hollandais ne prévoient pas de taxe au kilomètre pour les particuliers avant 2017. Deux dossiers liés donc, mais le lien n'est pas ou plus conditionnel : c'est feu vert d'un côté, souhait de l'autre. Alors que Michel Daerden n'imaginait pas l'un sans l'autre. Il le disait encore pas plus tard que mercredi au Parlement wallon : "S'il y a une taxe pour poids lourds, il faudra prévoir un péage pour voitures. Si un accord de coopération est bon pour la Flandre, il doit l'être aussi pour nous." Alors, Daerden désavoué ? Du tout, répond Rudy Demotte : "C'est M. Daerden qui a proposé la solution." Confirmation au cabinet du ministre : "Nous voulons réinstaurer un dialogue constructif."

S'il n'y a pas désaveu, au moins la position gouvernementale s'inscrit-elle ainsi en retrait de celle, personnelle, du ministre. Pourquoi ? Par souci diplomatique, au moment où Kris Peeters faisait route pour Namur ? Ou parce que la vignette paraît enterrée et qu'il vaut mieux préserver ses forces pour négocier d'autres pistes ? Sans doute les deux : dès hier après-midi, le ministre-Président flamand jugeait la position wallonne "intéressante", tandis que sa ministre à la Mobilité, Kathleen Van Brempt (SP.A), se disait satisfaite pour les camions mais pas pour les voitures.