Belgique

Des enfants, dont les parents étaient déjà dans la secte OKC (Ogyen Kunzang Chõlin), y ont passé toute leur enfance jusqu’à leur majorité. De jeunes adultes y ont travaillé dur pendant des années, tout en suivant les enseignements, inspirés du bouddhisme tibétain, dispensés par son gourou, Robert Spatz.

Plus de dix ans plus tard, ils se retrouvent devant le tribunal correctionnel. Ils se sont constitué partie civile contre Robert Spatz qui, contrairement à une poignée d’autres personnes poursuivies qui sont sur le banc des prévenus, est absent. Agé de 71 ans, Robert Spatz n’est pas venu pour "raisons médicales" qui l’empêcheraient de quitter l’Espagne.

Les préventions vont de l’organisation criminelle, aux viols, aux attentats à la pudeur, à la prise d’otages et à la torture (pour le seul Spatz) en passant par les faux ou des infractions relatives au travail non rémunéré.

A leurs regards, on sent chez ces parties civiles une proximité faite d’épreuves. Ainsi Rui, un Portugais né en 1962, qui a rejoint un "monastère" au Portugal à l’âge de 20 ans, "un peu influencé par un frère et un ami qui m’avaient dit que les études n’étaient pas importantes et que M. Spatz avait toutes les réponses".

Le rythme, avec des prières en pleine nuit à 2 heures, ne lui convient pas. Deux ans plus tard, a-t-il raconté jeudi, il est envoyé à Bruxelles, pour travailler au Paradoxe, un restaurant d’Ixelles de la mouvance OKC. Il y travaille six jours par semaine, matin, midi et soir. Il y restera douze ans. "J’étais - je crois - associé actif", dit-il de cette structure qui à évolué d’ASBL à société coopérative.

Une vie de labeur

Robert Spatz venait parfois y manger. "Il n’était pas en lama. Il était en civil. Toujours avec un petit nœud papillon, avec un habit autrichien. Toujours parfumé avec Habit Rouge. Il sentait à 5 mètres", dit-il. Quand le gourou venait au Paradoxe, "c’était tout un stress. Il fallait choisir le meilleur pour lui".

Portugais, Rui n’était pas en ordre, comme d’autres membres du personnel. "S’il y avait un contrôle, la consigne nous était donnée de fuir pour prier à l’étage au petit temple", explique-t-il. Afin de régulariser la situation, Robert Spatz a organisé des mariages blancs.

La vie est spartiate. On dit sans arrêt au personnel du restaurant qu’il dépense trop. "Mais nous, on voyait que le restaurant était toujours plein", dit-il.

Les dépenses étaient réduites au maximum : "Quand on avait besoin d’un pantalon, on allait à l’intendance, les ‘Petits Riens internes’, où chacun déposait les habits qu’il ne portait plus."

Ce n’est que si on ne trouvait pas un habit à sa taille, qu’après le feu vert de Spatz, qu’on pouvait l’acheter.

En 1996, c’est la douche froide : Spatz lui annonce qu’il ne travaille plus dans le restaurant. Les perquisitions suivent. Rui est incarcéré. Il ne comprend pas. Il ignorait les abus sexuels sur des enfants.

Ce n’est qu’ensuite qu’il se rend lentement compte qu’il a été berné : "A 20 ans, on ne pense pas au futur. Ce n’est qu’après qu’on se dit : ‘Je me suis fait avoir’."