Belgique

"Au travail, les gens ne remarquent pas immédiatement que vous êtes victime de violence de la part de votre partenaire. Vous sauvez les apparences. Ce n’est qu’indirectement, parce que vous ne respectez pas un délai fixé, par exemple, que quelqu’un remarquera que quelque chose ne va pas”.

Un témoignage, parmi d’autres, recueilli au cours d’une enquête menée par l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes. L’enquête montre que la violence conjugale n’est pas seulement un problème d’ordre privé. Et qu’elle poursuit la victime jusqu’au boulot. Quand elle y arrive. Certaines femmes racontent qu’elles n’ont pas réussi à se rendre au travail, parce que leur compagnon avait confisqué la voiture. Ou réanimé une dispute au moment du départ. Ou fracassé le GSM professionnel parce qu’il y avait trouvé trace de l’appel d’un collègue masculin.

Les résultats de l’enquête montrent qu’un bon quart (28 %) des 2 000 répondants (560 travailleurs) disent avoir été victimes de violence entre partenaires. Une femme sur dix (10,5 %) et un homme sur 20 (5,2 %) disent l’avoir été au cours des 12 derniers mois. Trois quarts d’entre eux disent que ces graves problèmes conjugaux ont eu un impact sur leur fonctionnement au travail : fatigue, distraction, mal-être physique et/ou mental. Dans deux cas sur cinq, ces violences physiques, émotionnelles, économiques ou sexuelles entre partenaires ont éte à l’origine d’un certain absentéisme.

Les harceleurs poursuivent leurs victimes sur leur lieu de travail en envoyant des emails violents, en téléphonant. Dans 8 % des cas, l’(ex) partenaire s’est rendu sur le lieu de travail.

Collègues préoccupés

Les collègues sont souvent préoccupés par la situation de violence que l’un d’entre eux vit à la maison. Leur travail peut aussi en être affecté. Citation reprise dans l’enquête : “Le plus compliqué à gérer, parfois, c’est le fait que le/la collègue fonctionne moins bien mais qu’il ou elle a besoin de travailler pour s’éloigner de la maison”. Résultat : l’entourage professionnel, compréhensif, écope; il doit pallier la rentabilité moindre de la victime en travaillant davantage.

Pour Kris Peeters (CD&V), vice-Premier et ministre de l’Emploi, cette problématique, qui engendre une grande souffrance humaine, a également un impact social et économique plus large. En Belgique, les absences, les interruptions et le stress causés par la violence entre partenaires entraînent une perte de production évaluée à 288 millions d’euros par an.

Sujet encore tabou

La loi belge en matière de bien-être au travail est déjà très solide, dit le ministre, qui encourage les entreprises à permettre à leurs services sociaux, psychologues et médecins du travail de venir en aide à ces victimes particulières.

Les deux tiers des répondants à l’enquête considèrent qu’une approche de cette problématique sur le lieu de travail peut constituer une opportunité. Pour Michel Pasteel, directeur de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, la violence entre partenaires nécessite une approche spécifique. “Sur le lieu de travail, c’est encore un sujet tabou, tant pour les victimes que pour les auteurs. Le seuil à franchir pour chercher de l’aide est par conséquent élevé. Bien orienter les personnes concernées et leur offrir une oreille attentive peut déjà signifier beaucoup pour les travailleurs concernés et pour leurs collègues”.