Belgique

Après avoir pris connaissance le 30 août dernier du nouveau règlement d'ordre intérieur (ROI) interdisant les signes religieux ostentatoires à l'Institut d'enseignement de promotion sociale de la Communauté française (IEPSCF) d'Uccle, la Ligue des droits de l'Homme (LDH), le Mouvement contre le Racisme, l'Antisémitisme et la Xénophobie (MRAX) et le Collectif contre l'Islamophobie en Belgique (CCIB) ont interpellé la direction et le pouvoir organisateur. 

Constatant qu'un autre institut de promotion sociale dans le Hainaut et qu'une haute école en région liégeoise ont également changé leur règlement en ce sens, le vice-président du CCIB, Hajib El Hajjaji, a annoncé lundi le lancement cette semaine sur les réseaux sociaux de la campagne #openschool4women. La campagne vise à sensibiliser les directions d'écoles supérieures pour favoriser l'inclusion des femmes portant le foulard et à encourager celles désireuses de suivre des formations à oser ouvrir un dialogue plutôt que de renoncer à se former. Le CCIB dénombre déjà une soixantaine de dénonciations dans les trois écoles pour adultes mentionnées.

La ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) chargée de l'Enseignement de promotion sociale et des Droits des femmes, Isabelle Simonis, a notamment répondu en rappelant que la question des signes convictionnels est du ressort des directions d'établissement. Les associations souhaitent prolonger le dialogue avec les pouvoirs organisateurs et les directions afin de garantir de manière pérenne l'accès des femmes adultes portant un foulard à l'enseignement de promotion sociale et aux études supérieures. "On a l'impression qu'avec le contexte de tensions actuel, les élus ont peur de réaffirmer des principes fondamentaux de l'Etat de droit - la liberté de religion, d'expression, et le droit à l'éducation - qui sont importants si on veut favoriser la mixité", note Hajib El Hajjaji. "Il peut y avoir des limitations, mais dans un cadre strict, pour des impératifs de sécurité, de santé et d'hygiène. Aujourd'hui, on est en train de bloquer l'accès à la formation à des femmes majeures, très souvent issues de milieux précarisés, et qui sont dans une démarche d'acquisition des compétences pour entrer sur le marché de l'emploi. En laissant établir des règles discriminatoires, la communauté française empêche d'atteindre des objectifs en matière d'emploi". Alexis Deswaef, président de la LDH, estime que "c'est créer un problème où il n'y en a pas. Sous couvert de se battre pour la liberté de la femme, on empêche des femmes d'aller à l'école ce qui est contre-productif".

Seul le décret de la Communauté française du 12 décembre 2008 relatif à la lutte contre certaines formes de discrimination s'applique en matière d'enseignement. L'article 20 n'admet, pour la formation professionnelle, aucune justification à une distinction directe sur la base des convictions religieuses. Considérant discriminatoire l'interdiction du voile via le ROI, l'ASBL Justice and Democracy, saisie par une étudiante, avait attaqué début 2015, devant le tribunal de première instance de Verviers, l'IEPSCF de Dison-Waimes et le gouvernement de la FWB en la personne d'Isabelle Simonis. L'association a été déboutée, mais a fait appel de cette décision. Ce dernier jugement est encore attendu.