Belgique

Rumble in the jungle. Le prince Laurent, l’enfant terrible de la famille royale belge, n’a sans aucun doute jamais aussi bien porté son surnom. Ainsi Laurent s’est-il rendu à la mi-mars en République démocratique du Congo, dans la capitale Kinshasa, contre l’avis du gouvernement belge et du Palais royal.

Le Premier ministre, le CD&V Yves Leterme, avait formellement prié le fils cadet d’Albert II de ne pas entreprendre ce déplacement ultrasensible à quelques mois des élections présidentielles qui doivent se tenir en novembre prochain. Une réunion de crise en compagnie du Premier ministre, du ministre des Affaires étrangères Steven Vanackere et d’un représentant de la Maison royale s’est même tenue la veille du départ du prince Laurent au Congo pour tenter de le dissuader d’effectuer ce voyage politiquement périlleux. Et une lettre de mise en demeure - fait exceptionnel - a été adressée par le Premier ministre Leterme à Laurent. Mais rien n’y a fait : Laurent s’est envolé sur un vol Air France à destination de Kinshasa via Paris. "Le prince Laurent a effectué un déplacement en RDC à titre privé dans le cadre de son intérêt pour le développement durable, se borne-t-on à indiquer au cabinet du Premier ministre . Ce déplacement n’a pas été concerté préalablement avec le gouvernement fédéral ni avec le Palais. Malgré la demande du gouvernement fédéral et du Palais de reporter ce voyage, afin d’en assurer la nécessaire préparation, le Prince a décidé de ne pas retarder son départ."

De son côté, le Palais n’a pas souhaité commenter officiellement ce déplacement en RDC, alors que le Souverain est lui-même actuellement en visite en Allemagne. Mais il est certain que la Maison royale - qui s’échine à conserver une ligne strictement neutre - est ulcérée par ce déplacement de Laurent qui donne une caution importante au régime de Kabila à quelques mois des élections ! Ainsi une rencontre avec le président Joseph Kabila était-elle même inscrite à l’agenda du prince Laurent

Pour l’écrire platement, au Palais royal, Albert II en tête, on digère très mal que Laurent se soit lancé dans ce raid en solitaire, une escapade à forte connotation politique sans aucun filet de sécurité, sans préparation préalable et sans l’aval du gouvernement en affaires courantes ! Cette visite met en péril les efforts de la diplomatie belge de ne pas appuyer un camp politique plutôt qu’un autre dans un pays où toute visite d’un dignitaire étranger est susceptible d’être exploitée. Rappel, le Roi et la Reine avaient effectué, en juin dernier, un déplacement ultrasensible, soigneusement préparé, afin d’assister aux cérémonies commémoratives du cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’ancienne colonie belge.

Pour son déplacement, effectué sous la bannière de la Fondation qu’il préside, dont il est le président, Laurent a réuni une véritable petite équipée autour de lui Ainsi un professeur de la Faculté des sciences agronomiques de Gembloux, un architecte italien, un avocat français et un ancien bâtonnier bruxellois ont-ils accompagné le Prince dans ses pérégrinations congolaises. L’ancien bâtonnier du barreau de Bruxelles, Me Pierre Legros, était de la partie : il est l’avocat de Jean-Pierre Bemba - le principal opposant à Joseph Kabila - sans doute une manière trouvée par Laurent pour associer toutes les forces politiques congolaises à la mission "C’était une mission purement scientifique", dément l’un des participants à la mission.

Reste que ce n’est pas une première. Ainsi, en janvier dernier déjà, d’âpres discussions avaient-elles eu lieu avec le directeur de cabinet du Roi Jacques van Ypersele et le conseiller du Palais Ghislain d’Hoop afin de décourager Laurent d’entreprendre une mission en République démocratique du Congo. Le frère cadet du Prince héritier n’a finalement pas pu s’empêcher de désobéir aux instructions du Palais et du gouvernement fédéral et s’est rendu la semaine dernière à Kinshasa.

Mardi soir, le prince Laurent n’a pas donné suite aux appels répétés de "La Libre" afin d’expliciter les raisons qui l’ont poussé à se rendre au Congo, contre l’avis de tous.

M.Bu., C.Le et J.-C.M.