Belgique

Participant vendredi matin au Sénat - voir ci-dessous - à une séance solennelle à l'occasion des 20 ans de la loi sur la protection animale, Laurent de Belgique n'avait guère le coeur à la fête. C'est que le Prince se retrouve malgré lui dans une affaire de détournements de fonds dans lesquels il est question de marchandises et de services offerts pour aménager dans les années 90 la Villa Clémentine à Tervuren où il s'est installé à cette époque.

C'est le "Laatste Nieuws" qui a révélé qu'un procès concernant ce dossier s'ouvrira le 8 janvier 2007 devant le tribunal correctionnel d'Hasselt. Erwin Steyls, porte-parole du parquet de la capitale du Limbourg a confirmé l'information. De fait, quinze suspects dont des entrepreneurs limbourgeois mais aussi des officiers de marine doivent répondre de faux en écriture, détournement de fonds publics, association de malfaiteurs, escroquerie et corruption. Que vient faire la Villa Clémentine dans cette affaire ? Des entreprises toutes limbourgeoises ont livré des marchandises et des services pour des travaux d'aménagement à la résidence du fils cadet du Roi et de la Reine. Selon le parquet d'Hasselt, il faut préciser que rien n'indique dans le dossier que l'occupant des lieux aurait été au courant de ces actes illégaux. Ce n'est cependant pas l'avis de l'ancien conseiller du Prince, le colonel Noël Vaessen, partie prenante dans le dossier. A nos confrères du "Laatste Nieuws", celui qui encadrait le Prince après l'accession au trône d'Albert II a en effet affirmé que si la Donation royale avait bien offert et construit une résidence pour Laurent, celle-ci était loin de bénéficier du confort attendu.

Même pas de casseroles !

Non seulement, il y avait des problèmes d'infiltration d'eau dans les caves mais elle n'était nullement aménagée, manquant même de tables, de chaises voire d'un lit ! En fait, selon le colonel, le Prince n'était guère aidé financièrement par ses parents, ce qui l'aurait amené à s'en ouvrir à ses amis de la Marine ! Ces derniers auraient donc donné un coup de pouce à celui qu'ils considéraient des leurs, sorte de mascotte moderne en lui offrant une machine à laver, un four à micro-ondes, des tapis et même une batterie de cuisine... Dans la foulée, la Marine aurait également aidé la Fondation du Prince pour le bien-être animal en participant à la création de dispensaires pour soigner les animaux des plus démunis.

175 000 euros

Des membres du service logistique de la Marine auraient notamment utilisé en fin d'exercice les budgets qui lui étaient destinés afin de ne pas devoir les rendre à l'Etat et surtout pour ne pas voir les budgets se restreindre aux exercices suivants. Globalement il est question de 175 000 euros qui auraient été écoulés via un système de fausses factures et cela de toute évidence au détriment de l'Etat.

Le colonel Vaessen est lui-même accusé d'avoir détourné une partie de ces fonds. Ce qui ne l'a cependant pas empêché de préciser dans le "Laatste Nieuws" qu'il ne s'est certainement pas enrichi personnellement et qu'il n'avait pas vu malice à ce que l'on aide de la sorte le prince Laurent. Et de parler d'"une manière créative" d'aider celui-ci...

Le Prince à la barre ?

On comprend que ces détails embarrassent fort le Palais royal et l'armée qui se taisaient vendredi dans toutes les langues nationales. Un "no comment" néanmoins justifié par le fait que toute intervention dans un sens ou dans un autre pourrait influencer le procès.

Le prince Laurent n'est pas, rappelons-le, encore une fois, mis en cause mais cela n'empêcherait pas le tribunal de l'appeler à la barre comme témoin. En effet, selon l'article 88 de la Constitution, seul le Roi bénéficie de l'immunité de juridiction. C'est ce qui fait qu'il n'était pas intervenu dans le procès contre Jean Nicolas, dans la foulée de l'affaire Dutroux. Par contre, les autres membres de la famille royale peuvent très bien être cités mais on n'en est, évidemment, pas encore là ! D'autant plus qu'au tribunal d'Hasselt, on nous a bien précisé que le colonel Vaessen est impliqué dans le dossier et qu'il ne faut pas l'oublier lorsque l'on entend sa version des faits...

© La Libre Belgique 2006