Belgique

Une nouvelle tuile et elle est de dimension pour le député nivellois Laurent Louis. Le juge d’instruction bruxellois Olivier Anciaux l’a en effet entendu puis inculpé jeudi midi pour recel de pièces du dossier Dutroux et la divulgation de l’identité de certaines victimes ainsi que de calomnie à l’égard de notre confrère du "Soir", Marc Metdepenningen, journaliste spécialisé dans l’actualité judiciaire. "En gros, on me reproche d’avoir diffusé le nom d’une victime de l’affaire Dutroux incroyable mais vrai", a commenté le député sur son site Internet.

La réalité est un brin plus complexe : le député avait diffusé sur son site une vieille liste de personnalités présentées tantôt comme pédophiles tantôt comme escrocs puis avait, lors d’une conférence de presse tenue le 19 avril dans les locaux de la Chambre, montré des photos d’autopsie des corps de Julie et Melissa. Le Nivellois avait également publié le rapport d’expertise médico-légale des deux fillettes, tout cela dans l’optique de relancer la "thèse des réseaux" dans l’affaire Dutroux, que la justice avait démontée.

Par ailleurs, l’inculpation pour calomnie et diffamation fait suite à une plainte de Marc Metdepenningen qui avait déjà été attaqué par Laurent Louis sur les réseaux sociaux et sur son site où il l’avait notamment accusé d’être un proche de Michel Nihoul et un habitué du "Dolo", un club sulfureux d’Etterbeek. Une thèse farfelue reprise également dans l’hebdomadaire "Père Ubu-Pan" dont la publication fait l’objet d’une procédure civile.

Mais le dimanche 6 mai, lors d’une réunion publique à Meise, le député MLD a franchi un pas supplémentaire : tout en s’en prenant encore à une série de personnalités belges, il a qualifié le chroniqueur judiciaire de "protecteur des réseaux pédophiles" et de "vermine" et dans la foulée, il a invité ses supporters à "nettoyer ce pays de ces gens".

Selon notre confrère, Laurent Louis s’est également dit prêt, pour aboutir à la concrétisation de ses menaces, à "utiliser tous les Kärcher possibles et ima gi nables". Et d’affirmer encore : "Nous ne voulons plus de pédophiles à la tête de notre pays. Nous ne voulons pas de ces puissants prêts à acheter un enfant comme une poupée gonflable".

Notre confrère du "Soir" a aussi décidé de deposer plainte parce que Laurent Louis invitait enfin les membres de son mouvement à passer à l’action, nullement refroidi par les perquisitions à son domicile et à son bureau en présence du président de la Chambre, André Flahaut, et la réprobation unanime de tous les députés démocrates qui avaient quitté l’hémicycle le 19 avril dernier lorsque vêtu d’un T-shirt rouge, il avait voulu interpeller la ministre de la Justice suite à ces perquisitions. Seuls Jean-Marie Dedecker (LDD) et trois élus du Vlaams Belang étaient restés en séance mais à ce jour, on ne sait toujours pas si c’était pour le soutenir ou parce qu’ils n’avaient pas été prévenus du boycott de toutes les autres formations

Ces événements et sa double inculpation ne l’ont visiblement pas calmé puisque dans une réaction sur son site, le député affirme que "les faits qui (lui) sont reprochés sont plus que légers" et estime que la justice et le monde politique "ont décidé de (le) faire taire".

Selon Laurent Louis, "le juge d’instruction ne travaille qu’à charge, sur instruction du ministre" et parle de "pro cès politique".

Le député MLD n’en a sans doute pas encore fini avec la Justice : le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme a en effet porté plainte, lui aussi, contre lui pour plusieurs prises de positions susceptibles de constituer une incitation à la haine à l’égard de plusieurs communautés du pays.