"Laurent n’aurait pas dû avoir une dotation"

Christian Laporte Publié le - Mis à jour le

Belgique Entretien

L’historien Mark Van den Wijngaert a consacré plusieurs ouvrages et séries télé à la monarchie. Rencontre avec un observateur avisé.

Un prince critiqué par le gouvernement, le Parlement et par son père… C’est une situation unique dans notre Histoire ?

Elle l’est parce que le Roi a fait indirectement savoir qu’il ne pouvait pas accepter les écarts de son fils. Dans le passé, il a déjà sermonné à plus d’une reprise le prince Laurent par Premier ministre ou d’autres personnes interposées, mais ici il y a eu une confirmation officielle. Lorsque le prince Philippe a été mis en cause par le monde politique, le Premier Guy Verhofstadt fit une mise au point au Parlement à l’instigation ou en tout cas avec l’accord du Palais.

Le Palais réagit-il de la sorte parce qu’il y a un risque réel d’être entraîné dans une crise dont il se passerait bien ?

Les princes portent le nom de la famille royale et si l’un d’eux commet des impairs, cela se répercute sur la Maison royale. Les actes du prince Laurent nuisent à sa réputation, d’où la colère du Roi.

Tout ce que l’on vit aujourd’hui n’est-il pas aussi la conséquence d’une société beaucoup plus médiatique ?

C’est surtout sa dimension politique. Dans le passé, il y a eu des conflits sans conséquence car les princes rebelles n’avaient pas de dotations. Le financement public change la donne : ces dotations font aussi émerger une certaine responsabilité ministérielle et ceux qui en bénéficient doivent observer certaines lignes de conduite.

A l’exception bien sûr du premier (ou de la première) dans l’ordre de succession, les princes devraient donc pouvoir travailler ?

Oui, mais nous sommes dans un cas d’école bien précis : Philippe, Astrid et Laurent reçoivent une dotation parce qu’ils sont les successeurs potentiels du Roi. Dans cette qualité-là, ils doivent être au seul service de la monarchie et du pays. Le cas du prince Philippe est plus particulier : avant la mort du roi Baudouin, il a eu des conseillers et les moyens afférents. Il y a une certaine similarité avec la Liste civile puisque sa dotation, qui a été augmentée lors de son mariage, lui permet de mener efficacement certaines missions. La dotation de Laurent ne répond pas à ces critères. Depuis l’abolition de la loi salique, il n’a cessé de reculer dans l’ordre de succession. On a toutefois voulu une certaine égalité entre les enfants d’Albert II. Lorsque la princesse Astrid a bénéficié aussi d’une dotation, en 1999, on pouvait se douter que le fils cadet demanderait un traitement équivalent. Avant de l’obtenir, on avait créé spécialement pour lui l’IRGT, l’Institut royal pour la gestion durable des ressources naturelles et la promotion des technologies propres. Mais des critiques se sont élevées; il fallait mettre Laurent sur le même pied que sa sœur. Ce choix fut mûri. Mais il y eut déjà un sérieux débat sur l’utilité d’une dotation pour lui. Et sur les conséquences possibles. Aujourd’hui, les enfants d’Astrid ont atteint ou vont atteindre l’âge adulte. Si on suit la logique, ils pourraient aussi revendiquer une dotation. On n’en sortira qu’avec une solution néerlandaise : outre-Moerdijk, seuls le chef de l’Etat, l’ancien chef de l’Etat et le prince héritier sont subventionnés. Les autres "royals" peuvent agir librement et n’ont pas de comptes à donner au gouvernement. Il faudra aussi renforcer la responsabilité politique pour le prince héritier.

Lorsque le prince Laurent a eu sa dotation, on a dit qu’il avait eu le soutien de la laïcité et de la franc-maçonnerie afin de contrecarrer l’influence catholique de Laeken.

On l’a dit ! Le Prince aime faire planer l’idée qu’il se sent proche de la libre-pensée. Lors de sa prestation de serment comme sénateur de droit, il avait émaillé son discours de références symboliques qui pouvaient renvoyer à cet univers-là. Le pense-t-il vraiment ou est-ce plutôt un jeu ? Je serais très surpris que la laïcité ait pris le Prince comme figure de proue. Je ne vois pas non plus les maçons le relier à leur combat. Le temps des liens avec les puissants est bel et bien fini. C’est assez impensable, mais Laurent a brouillé les cartes en s’entourant de personnalités liées au monde laïque, proches de l’ULB-VUB, comme pour montrer qu’il se distanciait de certain entourage catholique du Roi.

Christian Laporte

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