Belgique

BILAN

Laurette Onkelinx, c'était en quelque sorte la «first lady» de l'arc-en-ciel. Elle n'a jamais laissé à personne le soin de lui contester sa place de numéro deux derrière le Premier ministre, pas même à Louis Michel qui lui a pourtant volé la vedette à l'occasion. Tête de pont du PS au gouvernement, elle a marqué Guy Verhofstadt à la culotte durant tout son mandat.

Mais Laurette Onkelinx n'est pas seulement un animal politique. Elle est aussi une femme de dossiers. C'est d'ailleurs bien pour cela que le PS lui a confié les yeux fermés le département de l'Emploi et du Travail longtemps resté aux mains du CVP.

Les beaux jours

Tout commence bien pour elle. Les taux de croissance sont au plus haut. Les carnets de commandes ne désemplissent pas. Les entreprises engagent généreusement. On en arrive presque à croire que le chômage n'est plus un problème en Belgique. Laurette Onkelinx peut dès lors naviguer à vue.

Elle commence d'abord par s'attaquer aux poches de résistance du chômage. C'est, au tout début de son mandat, la rédaction du plan «Rosetta» qui vise à fournir un premier emploi aux jeunes les moins qualifiés après leur sortie d'école. Autre priorité: l'emploi des plus de 45 ans. La Belgique est le pays d'Europe où l'on travaille le moins longtemps. Refusant de toucher au régime des prépensions, Laurette Onkelinx va instaurer et amplifier un mouvement de réduction des charges patronales pour les travailleurs de plus de 45 ans. Chômeurs âgés et jeunes chômeurs: elle privilégie une politique d'emploi à la carte.

Un an après le début de l'arc-en-ciel, et au plus fort de l'embellie économique, Laurette Onkelinx lâche les grandes voiles. Le 1er mai 2000, un mois seulement après le lancement du plan Rosetta, la vice-Première socialiste fait sensation en annonçant un vaste projet de réduction du temps de travail. Le clan libéral réduira ensuite clairement son ambition. Mais il en restera quelque chose. Et pas un peu. Laurette Onkelinx généralise la semaine des 38 heures de travail, impose le crédit-temps (à la place des anciennes pauses-carrières), étend le congé parental à 10 jours, introduit le congé d'adoption, instaure les pauses d'allaitement. Une batterie de mesures qui entre dans le bréviaire arc-en-ciel à la rubrique « Comment mieux concilier vie de famille et vie professionnelle ». Laurette Onkelinx renforce aussi le dispositif de lutte contre le harcèlement sexuel sur les lieux de travail qu'elle étend à des mesures contre le harcèlement moral. Elle inverse en fait la charge de la preuve en faveur des victimes et impose aux entreprises un devoir de prévention.

Revers de conjoncture

Mais à la mi-2001, les nuages gris commencent doucement à encombrer l'azur. Les courbes de conjoncture s'inversent. Les taux de croissance ne dépassent plus la barre du pour cent. Le chômage repart à la hausse, en Flandre d'abord, puis en Wallonie. En mai 2001, les organisations syndicales organisent une manifestation: elles réclament une revalorisation des allocations sociales. Mais il n'y a plus de marges. Les mesures qui ont été prises au début de la législature les ont réduites à néant. Le gouvernement monte alors en toute hâte une table ronde sur la sécurité sociale. Il veut encore croire aux lendemains enchanteurs. Mais la table ronde, qui devait aboutir à un plan ambitieux de modernisation de la sécurité sociale, vivra à peine le temps d'un été. Elle mourra dans l'indifférence générale.

Dans la tempête, Laurette Onkelinx tente de garder le cap. Mais tout devient beaucoup plus difficile. Les mauvaises nouvelles s'amoncellent. Sabena, Philips, Arcelor. Ce n'est pas un hasard: l'une des dernières mesures que Laurette Onkelinx aura fait passer, c'est un plan de réduction de charges sociales en faveur des employeurs qui engagent des travailleurs victimes de restructuration.

Quant aux projets qu'elle a mis en route, ils connaissent des turbulences. Ainsi, après un départ tonitruant, le plan Rosetta commence à s'essouffler à partir de la mi-2001, et s'il semble se porter mieux aujourd'hui, il reste toujours très fragile. D'autres mesures - le plan de lutte contre le harcèlement moral, par exemple - ont vu se dresser sur leur route des employeurs qui ont toujours trouvé la vice-Première socialiste trop interventionniste et que la mauvaise conjoncture a rendus d'humeur maussade. Pour Laurette Onkelinx, le plus rageant finalement, c'est d'avoir dû mettre en pratique par mauvais temps une politique qui a été ficelée sous un ciel clément.

© La Libre Belgique 2003