Belgique

Les propos pour le moins particuliers tenu par le cardinal Gustav Joos au cours d'une interview pour l'hebdomadaire flamand P-Magasine font des vagues et lui valent plaintes et critiques.

Promu cardinal en octobre dernier par le pape Jean Paul II, le chanoine de Gand s'est livré à une violente diatribe contre les homosexuels, dont la majorité ne serait selon lui que «des pervers sexuels». Dans une interview diffusée mercredi soir par RTBF, il a récidivé en s'en prenant cette fois au préservatif, mais aussi au suffrage universel en vigueur dans les pays démocratiques (cf. LLB du 22/01).

Colère

Les propos du prélat ont suscité une réaction embarrassée de l'épiscopat belge. «Le cardinal Joos a donné son point de vue personnel, mais il ne parle pas au nom des évêques de Belgique», a déclaré Toon Osaer, porte-parole du primat de Belgique, le cardinal Godfried Danneels. Mais, la section locale des jeunes socialistes flamands (SPA) - Animo-Limburg - se veut plus virulente. Elle a annoncé avoir déposé une plainte contre le cardinal auprès du Centre pour l'Egalité des chances et la Lutte contre le racisme (CECLR). Dirk Selis, porte-parole d'Animo-Limburg, réclame des excuses du prélat pour ses propos. Il demande également une rectification de l'église catholique. Selon Dirk Selis, les opinions exprimées par le cardinal à propos des homosexuels sont du «pur racisme». «Dire que 95pc des homosexuels et lesbiennes sont des pervers sexuels et que le maniaque sexuel Bill Clinton a été élu grâce au soutien des juifs, c'est un bel exemple de racisme. Ses propos sur les juifs rappellent un langage antisémite des années trente.» Animo-Limburg a par ailleurs adressé un courrier à l'évêché du Limbourg pour exprimer son indignation concernant les propos du cardinal.

Le député provincial du Brabant flamand Danny Smagghe (VLD) a embrayé le pas d'Animo-Limburg. Il a porté plainte, jeudi, au parquet de Bruxelles, contre le cardinal Joos pour infraction à la législation contre la discrimination et le racisme. Il a également demandé au CECLR de faire de même. Danny Smagghe est en charge au sein du VLD de la problématique Holebi (les questions liées à l'homosexualité) et ne se sent pas directement visé par les propos du cardinal mais estime que ceux-ci sont un mépris clair pour ceux qui soutiennent cette catégorie sociale.

De son côté, le président du PS, Elio Di Rupo, s'est dit consterné par les propos tenus par Gustaaf Joos. «Quand les hommes d'Eglise participent au débat public, il leur appartient, comme toute autre autorité morale ou religieuse, de respecter les valeurs fondamentales de notre démocratie et de faire preuve de retenue, de discernement et de tolérance. Les propos du cardinal, notamment à l'encontre de la démocratie ou des homosexuels sont particulièrement inacceptables.» Elio Di Rupo a encore dit ne pas douter que «la très grande majorité des chrétiens de notre pays ne se reconnaissent pas dans les propos insultants du cardinal».

© La Libre Belgique 2004