Belgique

Envoyé spécial à Rome

Ala fin du consistoire ordinaire public qui a créé, samedi matin, 22 nouveaux cardinaux, et malgré une déjà longue et donc épuisante cérémonie, certains parmi ces fraîchement néo-promus auraient bien, coiffés de leur barrette rouge toute neuve et de leur anneau encore serrant, fait cinq fois le tour de l’autel principal de la basilique Saint-Pierre, histoire d’étaler leur nouveau statut aux membres de leur famille, mais davantage encore pour en jeter à leurs "supporters" venus parfois en car - pour les Italiens - et même en avion pour les "fans" de l’archevêque de New York qui, selon le vaticaniste John Allen, étaient répartis entre quatre hôtels ! Et de se donner l’accolade très fraternelle sans la réserve qui sied habituellement en ces lieux sacrés ! D’accord, ça ne ressemblait pas à un pub de Benetton mais quand même ! Rien de tel pour "notre" désormais second cardinal, Julien Ries, qui s’est pour sa part discrètement éclipsé dès la fin de la cérémonie de la majestueuse basilique en chaise roulante sous la bienveillante protection de ses amis de la famille spirituelle de l’Œuvre, question de se reposer un brin car la "création" d’un cardinal est loin d’être un long fleuve tranquille. Mgr Ries nous a ainsi avoué s’être réveillé à quatre heures du matin. Pas évident donc d’affronter un programme qui ne se terminera que lundi après un repas fraternel avec le Pape. D’autant plus qu’il faut rappeler que le nouveau prélat belge affiche neuf décennies au compteur. Et a mené une vie doublement active.

D’abord comme professeur et chercheur aux universités de Louvain, Louvain-la-Neuve et Milan tout en continuant encore à écrire aujourd’hui. Ensuite aussi comme prêtre de paroisse dans le diocèse de Namur. Et enfin comme compagnon de route de la famille spirituelle l’Œuvre, un mouvement chrétien toujours en expansion après avoir dû affronter pas mal de critiques, y compris en Belgique, où la commission d’enquête parlementaire l’avait rangé parmi les mouvements sectaires - mais il est vrai qu’on y avait aussi propulsé la Communauté de Sant’Egidio.

La Belgique n’était sans nul doute pas le pays le plus représenté à la basilique Saint-Pierre lors de la cérémonie d’intronisation, mais tous les compatriotes que nous avons croisés étaient au moins aussi émus que leur nouveau cardinal et que le Pape lui-même. Ce dernier aurait, nous dit-on, certainement contribué au choix de Ries dont il est un lecteur assidu de longue date. Parmi les spectateurs, il y a bien sûr des officiels comme l’ambassadeur de Belgique près le Saint-Siège, Charles Ghislain.

L’Eglise belge, de son côté, était présente avec les deux évêques du nouveau cardinal, celui de Namur, Rémy Vancottem rappelant les origines arlonaises et la vie pastorale de Julien Ries et celui de Tournai puisque c’est à Ath que le "héros" belge du jour vit encore des jours très heureux consacrés, mais oui, à la recherche et à la prière. Et il y avait bien sûr aussi le cardinal Danneels qui reste grand électeur du Pape et qui a donc participé doublement de plein droit aux discussions du consistoire dès vendredi. Une réunion de haut niveau qui, contrairement à ce que certains médias imaginaient un peu naïvement, n’a pas abordé de front la question de l’image négative qui frappe l’Eglise depuis quelques semaines, mais plutôt tenté de trouver de nouvelles pistes pour relancer l’évangélisation. On a certes souligné le succès réel des Journées mondiales de la jeunesse et des Congrès eucharistiques, mais ces événements ne permettent pas de vaincre la sécularisation galopante ni même de réagir à la politique de conquête très agressive des évangéliques y compris en Amérique latine. En fait, la hiérarchie de l’Eglise pense qu’il est temps de retourner aux fondements de l’Evangile. Benoît XVI l’a du reste clairement dit dans son allocution avant de créer officiellement les 22 nouveaux cardinaux en leur remettant leur barrette, leur anneau ainsi que leur titre.

Le Pape les a ainsi mis en garde contre les tentations du pouvoir. " Domination et service, égoïsme et altruisme, possession et don, intérêt et gratuité : ces logiques profondément opposées se confrontent à toute époque et en tout lieu." Mais, a poursuivi Benoît XVI, " il n’y a aucun doute sur la voie choisie par Jésus" . Et, rappelant que le Christ était venu pour servir et non pour être servi, il lancera aux nouveaux cardinaux que c’est " une invitation et un appel, une consigne et un encouragement spécialement pour vous, chers et vénérés frères qui allez devenir membres du collège cardinalice".

De là à y voir aussi un appel au calme au monde de la Curie après toutes les récentes affaires et contradictions, y compris entre certains prélats, il n’y a qu’un pas que certains auront vite franchi. Soit, ce n’était nullement le sujet du jour. Chacun à Saint-Pierre et alentours s’est surtout efforcé de mieux découvrir les nouveaux cardinaux. Et surtout de les congratuler. Un exercice où Mgr Ries fit merveille, comme on le lira ci-contre. Il est vrai qu’il était le seul des nouveaux cardinaux à avoir eu les honneurs de la "Une" de "L’Osservatore Romano" de samedi matin ! Sous le titre "l’Homme religieux" - "L’Uomo religioso" - le journal a rendu un bel hommage à l’ensemble de son œuvre, soulignant que " Julien Ries est au centre de la recherche anthropologique " Ce que certains ont un peu oublié en Belgique, semble-t-il. Nul n’est prophète en son pays. Et parfois non plus dans son Université