Le "chaînon manquant" du Ring liégeois passera-t-il à la trappe?

Frédéric Chardon Publié le - Mis à jour le

Belgique

Lentement mais sûrement, le "chaînon manquant" du Ring autoroutier liégeois (à l’est de l’agglomération) est en train de passer à la trappe. Son nom tient en trois lettres : CHB (liaison Cerexhe-Heuseux-Beaufays). Elles empoisonnent la vie des riverains du tracé autoroutier potentiel depuis la fin des années 80, époque où une zone de réservation avait été inscrite au plan de secteur, figeant toute transaction immobilière

Mais, selon une nouvelle étude stratégique sur la mobilité principautaire - un document dont "La Libre" a eu vent - la jonction autoroutière CHB devrait être remplacée par une simple route régionale avec une seule bande de circulation dans les deux sens. Avantage : cette solution sera moins coûteuse en ces temps de disette budgétaire, mais aussi moins douloureuse en termes d’impact sur l’environnement et le paysage.

Rappel : politiquement, le dossier est sensible pour l’Olivier wallon. Plus particulièrement pour Ecolo qui avait réussi à imposer dans la déclaration de politique régionale de 2009 la mise au frigo de la liaison autoroutière. Mais ce simple gel du projet faisait dire à certains que la nouvelle autoroute reviendrait à l’agenda de l’exécutif régional une fois Ecolo reparti dans l’opposition Il semble donc que ce scénario n’aurait pas lieu.

En effet, l’étude en question est claire. Les simulations de fréquentation de la liaison relèvent d’ores et déjà " qu’avec moins de 5 000 véhicules ( par jour ouvrable de 24 heures) concernés, le transit interrégional, voire international, susceptible d’emprunter la liaison est limité, ce qui rend difficile sa justification comme chaînon manquant autoroutier [ ]", relève le bureau d’ingénieurs-conseils Transitec, qui a réalisé l’analyse.

Du coup, Transitec recommande l’abandon de la liaison à gabarit autoroutier. A la place, il faudrait construire une route à une bande par sens entre l’E40 au nord et l’E25 au sud " sur la base d’une réalisation par étapes, permettant de vérifier avant chaque étape sa pertinence [ ]".

La solution d’une simple route régionale, même si aucune évaluation chiffrée n’existe à ce stade, serait nettement moins coûteuse que l’autoroute envisagée pour la liaison CHB (600 millions d’euros, aux dernières nouvelles). Par exemple, le viaduc imaginé initialement au-dessus de la Vesdre (un sous-affluent de la Meuse) " pourra être moins haut et moins long et donc moins coûteux ", précisent les ingénieurs de Transitec. Autre avantage, le périmètre à libérer autour d’une simple route régionale est bien moindre que celui d’une véritable autoroute. L’impact sur l’environnement et pour les riverains, dans l’incertitude depuis des dizaines d’années, sera également de moindre ampleur.

Selon nos informations, le ministre wallon de la Mobilité, Philippe Henry (Ecolo), pourrait dès la rentrée demander à ses collègues du gouvernement wallon de valider cette solution pour la région liégeoise. Elle aurait le mérite de contenter les différents cabinets : les Verts pourront toujours déclarer qu’ils ont bel et bien réussi à empêcher la construction d’une nouvelle autoroute. Les autres, que les enjeux économiques et de désengorgement du trafic routier liégeois ont été pris en compte. Il est néanmoins probable que les plus chauds partisans d’une véritable autoroute et les opposants les plus farouches à toute nouvelle jonction routière seront, eux, mécontents

Au fait, pourquoi construire quand même cette liaison CHB plutôt que de ne rien faire du tout ? Transitec rappelle notamment que diverses études ont démontré qu’une liaison routière (ou autoroutière, d’ailleurs) aiderait à maîtriser les flux automobiles dans le centre de la Cité ardente.

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