Belgique

Le parquet déplore qu’une mésentente entre voisins se règle devant le tribunal.

Braquages, tentatives de meurtre, viols, participation à une organisation terroriste : comme dans d’autres arrondissements judiciaires, les audiences du tribunal correctionnel de Charleroi sont surchargées d’affaires importantes. Dès lors, lorsqu’un conflit de voisinage banal franchit « l’instances de tri » que représente la chambre du conseil, le parquet a tendance à fumer des naseaux. « J’ai 3200 dossiers qui transitent chaque année par mon bureau. Alors moi, les affaires de calomnie, je les classe sans suites. Pour moi, cela relève de la médiation pénale », grogne le substitut Vervaeren qui a bien fait comprendre à Michel le prévenu et à Donato la partie civile que la Justice avait d’autres chats à fouetter.

Ce sermon de directeur d’école qui tire les oreilles de deux garnements n’est pas sans fondement. Car il faut bien le dire, Donato et Michel ont agi comme des gamins. Le premier avait déjà menacé de tuer le chat de son voisin s’il s’aventurait encore sur son « territoire ». Et lorsque le père Michel a bien failli perdre son chat, qui est revenu avec l’arrière-train paralysé, il s’est empressé de s’épancher sur Facebook, en identifiant clairement Donato. Résultat : 6500 partages de la publication et un flot de haine et d’insultes qui s’est déversé sur le voisin acariâtre. Certains justiciers animaliers se sont même présentés à son domicile pour le menacer…

Du côté de Donato, on dément toute agression envers « Simba », le félidé blessé d’un coup de bâton (selon le vétérinaire). Et du côté de Michel, on nie avoir voulu faire du tort au voisin par « vengeurs masqués » interposés. A bon chat, bon rat… « Ils ont mal agi tous les deux », enchaîne le ministère public. « Le prévenu ne s’est sans doute pas rendu compte que ses propos seraient amplifiés par toutes ces personnes qui, derrière leur ordinateur à une heure du matin, deviennent les pires extrémistes animaliers, assoiffés de vengeance. Alors oui, les propos étaient publics car ils ont été diffusés sur Facebook. Mais j’estime que l’intention de nuire n’est pas établie. La solution, c’est que les parties arrivent à vivre ensemble. On ne leur demande pas d’être amis, juste de se supporter en tant que voisins». Bref, c’est l’acquittement qui a été requis par le substitut Vervaeren, ce que plaide également Me Cauchies, conseil de Michel qui évoque « une erreur » commise sous le coup de la colère.

Les débats auront finalement duré près d’une heure. Un gaspillage de temps dont la Justice aurait clairement pu se passer.