Le collier de la ministre Turtelboom

Jean-Claude Matgen Publié le - Mis à jour le

Belgique

Rencontre

La veille de notre rencontre, Annemie Turtelboom, ministre Open VLD de la Justice, avait fait le tour des popotes, visitant la prison d’Arlon, le chantier de celle, en construction, de Marche-en-Famenne et le centre de détention de Saint-Hubert. "Incroyable comme tous les gens que j’ai croisés étaient contents de pouvoir discuter avec moi. Ces visites sont humainement très enrichissantes mais dites, vous qui êtes originaire de là-bas, Arlon, qu’est-ce que c’est loin, hein "

Nous sommes venus parler de l’objet fétiche de la ministre mais elle tient encore à préciser qu’elle aimerait être plus souvent sur le terrain. "Moi, j’apprécie beaucoup les contacts, mais le travail parlementaire d’un ministre de la Justice lui mange un temps énorme. Commissions, séances plénières : je suis tout le temps en première ligne "

Celle qui, lundi, était la seule élue flamande présente aux funérailles de Michel Daerden, son voisin de table lors des Conseils des ministres, sort de son écrin une longue chaîne d’argent supportant un pendentif aux allures de médaille olympique.

L’objet est lourd, de dimensions impressionnantes mais harmonieuses. Côté face, la signature de l’artiste, l’Allemand Gerd Rothmann. Une petite visite sur Internet vous renseignera sur la place que ce créateur occupe dans l’univers de la joaillerie. De nombreuses personnalités figurent au nombre de ses clients, notamment dans le monde politique, puisque Madeleine Albright, l’ancienne ministre des Affaires étrangères de Bill Clinton, porte du Rothmann.

Ce qui a séduit Annemie Turtelboom, ce n’est pas tant la célébrité de celui-ci que sa rencontre avec l’artiste dans les salons Art déco de la villa De Bondt, à Gand. Annemie Turtelboom fréquente depuis des années le couple qui habite cette demeure magnifique d’originalité et gère la galerie d’art qu’il y a aménagée. "Ce sont mes amis qui m’ont présentée à Gerd Rothmann et le courant est passé. Quand je lui ai expliqué que je désirais un bijou que je puisse offrir un jour à mes enfants, il m’a parlé d’un collier. Et le voici", raconte la ministre.

Du côté pile, une surface plane constellée de trous de forme ovale, à la manière de petites empreintes. "Vous ne pouvez pas mieux dire", commente Mme Turtelboom, "ce sont les traces des doigts de mes deux filles, Sien, 13 ans, et Andrea, 10 ans. Au moment de la conception du collier, elles avaient 3 ans de moins."

Et de nous montrer une photo des deux fillettes, dont on prélève les empreintes digitales à l’aide d’une spatule enduite d’une sorte de gel bleuâtre. Autour du poignet de l’aînée, un bracelet frappé aux couleurs d’un festival de musique pour enfants. "Son premier grand événement", glisse Annemie Turtelboom, avec, dans la voix, l’accent de la fierté maternelle.

La séance photo va commencer. La ministre sort une trousse à maquillage et, tout en nous parlant de sa passion pour les "belles choses, pas nécessairement chères mais originales, qui traduisent la créativité de leur concepteur", la voilà qui se poudre, redessine la courbe d’un cil, met du rouge à ses lèvres, passe une main dans sa lourde chevelure noire. "Je suis prête", lance-t-elle au photographe. Elle se plie à toutes les demandes de celui-ci. On se croirait dans une agence de mannequins. Vous avez le résultat sous les yeux.

"Ce que les autres ont sur le dos ne m’intéresse pas. Moi-même, je ne me ruinerai jamais pour un tailleur ou un bijou. Mais j’admire et je respecte ceux qui, dans n’importe quelle forme d’expression artistique, font preuve de talent, laissent libre cours à leur imagination, créent du nouveau. Je n’ai pas assez de connaissances pour juger leur œuvre mais j’éprouve pour eux de la curiosité et je ressens souvent un coup de cœur à leur endroit. Je me souviens de ma première bague. Un cube en polyester traversé par une simple ligne rouge qui donnait à chaque facette un éclat particulier."

Celle qui préside l’ASBL des Amis du musée de la Mode à Anvers est fière que la métropole compte autant de créateurs de mode, de designers, d’artistes d’avant-garde. "La Belgique, ce n’est pas seulement les frites et les chocolats. Nous devons être plus fiers de nos créations. J’ai récemment assisté au défilé des étudiants de l’académie. Quel souffle, quelle fraicheur, quelle volonté de faire bouger les lignes."

Un conseil aux avocats pro Deo bougons, aux gardiens de prison grévistes, aux experts judiciaires fâchés : branchez Mme Turtelboom sur l’art, la mode, l’architecture, vous en resterez babas.

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