Le communiqué des Clarisses de Malonne

Publié le - Mis à jour le

Belgique

"Mesdames, Messieurs,

Je suis enfin en mesure de vous confirmer que notre communauté a accepté d'accueillir Madame Michelle Martin en ses murs pour sa libération conditionnelle.

Jusqu'ici, notre communauté a refusé de communiquer sur cette question en raison de la demande des avocats de Madame Martin de ne pas révéler les éléments de son plan de reclassement avant la décision du tribunal, par respect pour le travail de la Justice.

Je voudrais d'abord souligner que la démarche de répondre à des journalistes ne nous est pas du tout familière. Notre participation à la société belge se veut de simplicité et de discrétion : nous cherchons à être au cœur de cette société, une présence de paix, de concorde et d'espérance - comme la plupart de nos concitoyens d'ailleurs !

Notre chemin communautaire a croisé celui de Madame Martin à travers la demande de ses avocats Ce fut un défi pour nous, bouleversées que nous étions par l'horrible souffrance des victimes et de leurs familles qui ont traversé l'enfer que vous savez.

Nous avons cherché à vivre au mieux cette tension : comment porter ces deux réalités à la fois ? Ce ne fut pas facile¿ Notre cœur de femmes en a été bien souvent troublé¿ Nous avons choisi d'accueillir en nous ces deux souffrances qui ne sont en rien comparables l'une avec l'autre.

Quand le temps fut venu pour Madame Martin de pouvoir bénéficier d'une libération conditionnelle, en vue d'une réinsertion sociale, nous espérions que les instances prévues à cet effet allaient lui procurer un lieu d'accueil. Mais il n'a pas été possible de trouver ce lieu. Il faut savoir que Madame Martin n'a pas de famille et qu'elle n'a pas trouvé en Belgique de lieu de réinsertion prévu pour des femmes. La suite des évènements a montré qu'il n'y avait pas non plus de possibilité d'accueil pour elle dans les pays voisins.

Quand ses avocats nous ont parlé de cette impasse, nous avons longuement débattu en communauté et chacune de mes sœurs a pu s'exprimer sur le sujet en toute franchise. La recherche ne fut pas simple et nous avons longtemps mûri notre décision. Au terme de tout ce cheminement nous sommes arrivées à la conviction qu'il fallait dire oui à cette demande, mais un oui assorti de deux conditions.

La première condition est que la justice en cours dans notre pays soit intégralement respectée, cela va de soi. La deuxième, que l'enquête faite à la prison où est détenue Madame Martin révèle qu'elle a évolué et est capable d'envisager une réinsertion sans risque de récidive. Sur ce chapitre nous faisons confiance aux enquêtes judiciaires menées par des professionnels qui font leur travail, nous le croyons, avec toute la compétence et la distance affective nécessaires à une attitude impartiale.

Lorsque nous avons acquis la certitude que ces conditions étaient effectivement réalisées, nous avons envisagé aussi la répercussion possible sur l'opinion publique, mais bien plus encore sur les parents des victimes. Mais nous avons pensé que personne n'y gagnerait dans notre société si on laissait la violence répondre à la violence et faire ainsi boule de neige. Nous avons la profonde conviction qu'enfermer définitivement le déviant dans son passé délictueux et l'acculer à la désespérance ne serait utile à personne et serait au contraire une marche en arrière pour notre société. Nous sommes aussi convaincues que le respect de la justice de notre pays est un bon garde-fou pour éviter cette dérive.

Concrètement, Madame Martin aura quelques pièces à sa disposition dans notre monastère, mais elle ne fera pas partie de la communauté, ce n'est ni son désir ni le nôtre. Elle pourra cependant être, à certains moments, en contact avec des sœurs.

Madame Martin est un être humain capable, comme nous tous, du pire et du meilleur. La justice s'est prononcée et estime qu'elle peut envisager une progressive réinsertion. Nous croyons donc que tabler sur le meilleur d'elle-même n'est pas de l'inconscience de notre part. Madame Martin sera suivie, tout au long de ce parcours, par une assistante de justice. Nous agissons donc de concert avec la justice. J'ajoute que cette expérience d'accueil sera régulièrement évaluée avec les responsables de son dossier. Il s'agit d'un pas qui, aujourd'hui, ne veut pas présumer de l'avenir¿ Je vous remercie de respecter notre vie privée et de ne pas nous envahir au monastère.

Respectueusement, Soeur Christine, abbesse des Clarisses de Malonne"

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