Belgique Le Coq-sur-Mer tient son nom dit-on, d’une légende. Elle raconte l’histoire d’un chant du coq, bienvenu pour un frêle esquif perdu dans les brumes d’un univers hostile. Sur le point de périr, les matelots et leur capitaine furent sauvés par ces notes orgueilleuses. Ouf ! Oui mais voilà, le coq, d’avoir chanté trop fort pour une belle poule qui n’était pas celles de Louis-Philippe, rendit l’âme, pour autant qu’il en fut doté. Horrible fin. Ceci dit, la postérité s’occupe toujours du volatile car il flotte sur tous les drapeaux de la commune, avec un dauphin; on aurait pu ajouter un lapin. La faune tient donc une grande place dans la commune. Celle qui arpente les allées du Coq, pour lequel l’architecte écossais William Kidner (1841-1900), donna des plans à la demande de Léopold II (mais c’est Stübben qui eut la commande), n’a pas ce côté sauvage. Toutefois, elle s’affuble de quelques plumes enviables.

Ce sont celles de l’intelligence et de l’esprit. Le plus célèbre des citoyens du village, ce fut bien sûr Einstein. Il vint ici en 1933, avec son épouse, dans la villa "Savoyarde", avenue Shakespeare. La "Savoyarde" est toujours là, classée. Le savant qui avait un oncle généreux à Mortsel, aimait le restaurant du "Cœur Volant" situé sur l’avenue de Normandie. Si cela avait été l’avenue de Louveciennes, un lien eût été créé avec Madame Georges Aubernon (née Lydie de Nerville 1825-1899), propriétaire du "Cœur Volant", célèbre villa normande. Madame Aubernon tenait salon rue d’Astorg à Paris et à la belle saison en sa maison proche du parc de Marly, la "gentry" des bords de Seine courait à ses dîners. Elle aurait inspiré Mme Verdurin à Proust dans "Un amour de Swann". Le comte de Paris acheta le "Cœur Volant" français à l’ambassadeur d’Argentine. Il aurait pu acheter celui du Coq-sur-Mer, cela aurait évité une destruction.

En guise de souvenir d’une demeure où Einstein rencontra Ensor lors d’un souper donné pour le peintre qui y reçu la Légion d’honneur des mains du ministre de la Culture Anatole de Monzie (1876-1947), trône sur le square un banc de béton sur lequel vit, assis, un SDF de bronze : Einstein himself. Lors de notre passage, trois dames y tenaient salon sous l’œil amusé de ce bon Albert, qui en aimait un autre : notre Premier. Lequel le reçut plusieurs fois à Laeken. Il eut aimé notre second à coup sûr. Albert Ier vint plusieurs fois au Coq mais moins souvent que la reine Elisabeth. L’impératrice Zita profita d’une villa dans les dunes à la limite de Wenduine.

Au Coq, l’intelligence et la culture perdurent dans le temps. On sait que le peintre Henri Cassiers avait une maison ici, de même pour Alfons Blomme (1889-1979), peintre lui aussi. Maurice Maeterlinck fréquenta le jeune village dès 1889. Emile Verhaeren résida sur la commune en 1914 et il reçut chez lui (sur Wenduine) Stefan Zweig, qui avait déjà passé quinze jours au Coq. Ce fut et cela est peut-être encore, un refuge bien aimé pour Antoinette Spaak. Herman Van Rompuy lui aussi y établit ses quartiers dès qu’il le peut. Koen Crucke, illustre chanteur, échevin de sa ville de Gand, aime cette station qui se caractérise par une sorte de nonchalance, d’un laisser-aller réfléchi, où l’on évite la perfection et le luxe du hameau du "Sel" à Knokke, jugé trop altier.

"Le Coq c’est un vieux village , nous disaient deux aimables Gantois de la villa Halbras. On est à la campagne, on connaît nos voisins depuis plus de trente ans, les jeunes se fréquentent. Cependant, beaucoup d’Allemands et de Français ont acheté par ici, dans la zone dite de "La Concession". Même chez Delhaize on connaît les maîtres de maison." Le Coq plaisait également à notre ancien ambassadeur feu le comte Jack de Kerchove de Denterghem qui avait fait de "Santillana" un havre de paix et un musée d’arts anciens, à deux pas du golf d’Ostende. Lui, il est sis sur le Coq. Ce fut le premier golf de Belgique, voulu par Léopold II et dessiné par Seymour Dunn en 1903. Léopold III, Lilian et Baudouin qui était un de handicap, y jouèrent souvent. C’est notre Saint-Andrews à nous.