Belgique

ANALYSE

Par 77 voix (tous les partis flamands) contre 51 (les francophones) et l'abstention du président De Croo, la Chambre a voté la prise en considération d'une résolution du VB demandant «de préparer le démembrement de la Belgique». Depuis plusieurs jours déjà, le chef de groupe des réformateurs Daniel Bacquelaine avait demandé que l'assemblée rejette cette résolution qui présente la Belgique comme un pays non-démocratique et dont le texte de 38 pages (!) aux accents souvent hystériques n'est qu'un chapelet d'attaques contre les francophones. Ce n'était donc point un hasard si les autres partis francophones démocratiques (PS, CDH et Ecolo) se sont rapidement joints au MR et ont annoncé qu'eux aussi le rejetteraient.

Dans les rangs de l'opposition, le CD&V avait dans un premier temps décidé de rejeter la prise en considération mais quand Pieter De Crem a appris que tant le SP.A, Spirit et le VLD voteraient en sa faveur, sur la forme mais pas sur le fond, les chrétiens-démocrates du nord n'auraient eu d'autre alternative que de se ranger à leurs côtés. Le CD&V ne l'a cependant pas dit pendant le bref débat en plénière au contraire de Fons Borginon (VLD) et de Dirk Van der Maelen (SP.A) qui ont justifié leur vote en précisant que tous les textes introduits par les parlementaires devaient au moins être pris en considération, sans préjuger sur la suite à leur donner par après. Van der Maelen a ajouté que si jamais ce texte arrivait en commission, les 23 élus SP.A-Spirit s'y opposeraient unanimement et définitivement. Au nom de Spirit, Koen Tsijen a été un peu moins clair en précisant que l'on pourrait évaluer le dossier en temps utile mais les Spiritistes ne sont pas prêts à dérouler le tapis rouge pour les néo-fascistes. Reste qu'en Belgique francophone, on ne peut s'empêcher de voir dans ce vote la rupture du cordon sanitaire. Et une belle contradiction dans l'attitude des partis démocratiques flamands qui lors du drame d'Anvers ne manquèrent pas de mots pour rejeter toute collaboration ou même proximité avec le VB.

De surcroît, le clivage communautaire n'est pas nécessairement de bon augure à un an du grand pow-wow institutionnel annoncé pour après les élections législatives.

Un mot encore à propos de l'abstention du président de la Chambre. Contacté par nos soins, Herman De Croo assume pleinement son choix non sans préciser que la proposition avait été arrêtée, une première fois: «Le VB m'avait présenté un document de 180 pages d'un de ses congrès et espérait qu'on le traduise à nos frais et qu'on en discute autour du 7 février et de l'anniversaire de la Constitution. J'ai fait barrage mais je n'avais pas le pouvoir de refuser la proposition au nom de la liberté d'expression des parlementaires. Mais sur le fond, j'y suis aussi opposé, sans la moindre concession...

© La Libre Belgique 2006