Belgique

Depuis les attentats de Paris, on a vu éclore moult débats sur l’enseignement et les cours de religion. Etienne Michel, le directeur du Secrétariat général de l’enseignement catholique, y réagit dans une interview à "La Libre".

Sur les cours de religion, il y a eu des discussions très passionnées !

Ce fut l’occasion d’entrer en débat avec le monde laïque. Il y a chez lui une réelle capacité de dialogue mais aussi par ailleurs une forme de radicalité, voire de radicalisme laïque. Les propos tenus par Jean-Philippe Schreiber dans "La Libre" - NdlR : le Franc-tireur, 24-25/1 - illustrent ce phénomène sous le couvert des meilleures références scientifiques et le titre prometteur de retrouver l’esprit des pères de la Constitution. M. Schreiber a fait là montre d’un militantisme laïque rudimentaire. Un discours qui demande la suppression des cours philosophiques et de religion, la fin des réseaux - donc la fin de l’enseignement catholique comme tel - et la création d’un réseau unique pour des raisons d’économie d’échelle voire pédagogiques. Ce discours contient une vraie violence à l’égard de l’enseignement libre et une radicalité laïque dangereuse pour la paix scolaire. Nadia Geerts, autre grande prêtresse de la laïcité, a été plus loin à la télévision en s’interrogent sur la légitimité du CDH d’exercer la fonction de ministre de l’Enseignement. Pourtant les laïques comme chacun d’entre nous sont insérés dans un système de croyances et de convictions qui méritent d’être confrontées aux exigences de la raison. Le propre des idéologies est de devoir être toujours réinterrogées. Il est aussi important que les modérés continuent à se parler. Il y en a dans les deux mondes; c’est la meilleure réponse qu’on puisse apporter au défi du vivre ensemble.

Que penser de la proposition de supprimer les cours de religion et de morale ?

Le débat a heureusement montré aussi des nuances. Certains ont compris que la vieille thèse visant à enfermer la religion dans la sphère privée était dépassée dans les faits. Le fanatisme religieux qui peut amener au terrorisme interroge à l’évidence l’espace public et la manière dont les religions s’y inscrivent. Et donc un cours de religion n’est pas superfétatoire : il permet aux élèves d’entrer dans l’intelligence de la religion mais aussi de construire un rapport intelligent à cette religion. Dans la France laïque où on n’enseigne pas la religion à l’école, on se demande s’il ne faut pas l’introduire. Car comme l’a titré "Le Monde", prêcher un catéchisme républicain ne suffirait pas… En même temps, il se demandait s’il ne fallait pas développer des aumôneries musulmanes dans les prisons où se répand le fanatisme le plus extrême.

Pour en revenir à l’école, un réseau unique ne serait-il pas moins cher ?

Dans un système où le financement est organisé par élève avec des normes de création d’écoles et d’options et des normes de maintien, l’existence de plusieurs types de Pouvoirs organisateurs est neutre budgétairement. Que le PO soit la commune, la province, la Fédération WB ou des ASBL, on peut créer une école à partir d’un certain nombre d’élèves et la fermer lorsqu’on repasse en dessous. Les normes peuvent être discutées, apparaître généreuses ou insignifiantes, le système de base est neutre…

Le libre est-il cependant favorisé ?

Non, évidemment, les différences de subventionnement restent considérables entre réseaux, principalement pour les subventions de fonctionnement et le financement des bâtiments scolaires. Trois chiffres : dans le fondamental, les écoles libres subventionnées perçoivent 57 % de ce que reçoit l’enseignement communautaire, dans le secondaire, le rapport est de 53 % et, situation la plus extrême, de 30 % pour certaines écoles supérieures artistiques.

Par contre vous voulez retrouver l’esprit de la Constitution originelle…

Les principes de liberté d’enseignement, de liberté d’association et d’égalité de traitements sont souvent malmenés du côté francophone. La révision constitutionnelle de 1988 reste très mal appliquée. On y avait introduit le principe de l’égalité de traitement et l’affirmation du caractère contraignable de cette réalité. Du côté flamand, les décrets de financement ont été immédiatement adaptés; nous n’avons fait qu’une partie du chemin à la faveur des accords de la St-Boniface.

Que peut apporter l’enseignement catholique au vivre ensemble ?

Notre projet éducatif repose sur l’ouverture à tous les publics. Il est de fait très pluraliste mais ancré dans la tradition chrétienne de l’éducation. Il ne choisit pas son public… Nous réfléchissons au vivre ensemble à la fois au sein des cours de religion et de manière transversale dans les autres cours. On a incorporé trois grandes compétences transversales dans le cours de religion : le questionnement philosophique, le dialogue interconvictionnel et l’éducation à la citoyenneté. C’est une richesse de réunir tous les élèves; ce serait un problème si le cours était conçu dans une approche dogmatique ou fondé sur le prosélytisme. Mais ce ne serait pas accepté et totalement inacceptable. C’est une chance pour un dialogue réciproque entre la raison et la religion. Cette préoccupation est aussi présente dans nos cours d’histoire : lorsqu’on étudie le Moyen Age, on envisage les relations entre l’Occident chrétien et l’Islam sans oublier l’anti-judaïsme. Lorsqu’ils abordent ensuite l’époque contemporaine, nos élèves ne manquent pas d’outils… Plus que jamais, nous croyons à un projet pédagogique où il y a un enrichissement mutuel à partir de la religion et de la raison. Dans la ligne du dialogue entre le cardinal Ratzinger et Jürgen Habermas dans la revue "Esprit" en juillet 2004 qui demandait de renouveler ce dialogue pour renouveler nos démocraties…