Belgique

Le coût du déploiement des militaires dans la rue grimpe en flèche. Sur l’ensemble de l’année 2015 (début de l’opération le samedi 17 janvier), il s’est élevé à 17,15 millions d’euros. En 2016, uniquement sur les trois premiers mois, le coût était de 12,01 millions. Et au second trimestre, précisément du 1er avril au 2 juillet, il devrait atteindre 22,05 millions d’euros, selon des estimations gouvernementales que "La Libre" a pu lire. Faites les comptes : après seulement six mois, la facture s’élève déjà à 34 millions. Le double de 2015.

Le gouvernement Michel avait convenu que les surcoûts liés strictement à la mission seraient assumés par la police fédérale. Il s’agit des primes des militaires, de leurs repas et leur logement, ainsi que de frais divers. Le salaire des soldats reste, lui, à charge de la Défense.

La hausse des coûts n’a rien d’étonnant, réagit le cabinet du ministre de l’Intérieur, Jan Jambon (N-VA), qui a la tutelle sur la police fédérale. "Le déploiement en 2016 n’est pas du même ordre de grandeur qu’en 2015."

Le gouvernement y est allé crescendo. Après l’attentat à Paris contre "Charlie Hebdo" et le démantèlement d’une cellule terroriste à Verviers, le gouvernement avait décidé d’envoyer 150 militaires en rue, en soutien de la police, pour sécuriser certains lieux sensibles. Leur nombre a ensuite tourné autour des 200 à 300 jusqu’en novembre. Après les attentats de Paris du 13 novembre, le déploiement a dépassé les 1 200 unités, pour franchir la barre des 1 800 après les attaques du 22 mars à Bruxelles.

Recrutement renforcé à l’armée

"Dès qu’on pourra diminuer le nombre de militaires, on le fera", commente le cabinet Jambon. "Le déploiement est évalué chaque mois, sur base d’une analyse de l’Ocam (Organe de coordination pour l’analyse de la menace), des lieux et sites à protéger, des besoins de la police et du niveau de la menace terroriste" (il est à trois sur une échelle de quatre). "C’est une analyse objective. Lorsque la menace diminuera, on pourra retirer des militaires."

Paradoxalement, la Cour des comptes, dans son dernier rapport sur l’ajustement budgétaire du gouvernement, a montré que le déploiement en rue a permis à l’armée de… renforcer son recrutement. "En raison de l’affectation accrue de militaires à des missions de surveillance , note-t-elle, la Défense doit réduire sa capacité d’entraînement" (de 7 %). Dès lors, les budgets prévus en 2016 pour les entraînements ont un peu diminué, de l’ordre de 3,2 millions d’euros. Et la Défense, constate la Cour, "consacre l’intégralité de la marge budgétaire libérée au recrutement de 200 militaires supplémentaires en sus des 700 initialement prévus". Soit 900 en tout. Ça tombe franchement bien ! Parce que, conclut l’institution, "pour atteindre l’objectif (fixé par le gouvernement Michel) d’un effectif de 25 000 unités en 2030, le département devra maintenir les années suivantes l’effort accru de recruter au minimum 900 personnes par an".