Le coûteux appel de la forêt

Gilles Toussaint Publié le - Mis à jour le

Belgique

Ce n'est pas vraiment une surprise, avec la hausse des produits pétroliers le recours au bois comme chauffage d'appoint a le vent en poupe. Un engouement qui a surpris les professionnels dont les stocks de bois coupé et prêt à brûler ont été vendus dès l'automne. La demande étant supérieure à l'offre, les prix ont donc inévitablement flambé.

Selon les informations recueillies à plusieurs sources, les prix du bois sur pied varient ainsi dans une fourchette allant de 10 ou 12 euros le stère jusqu'à une vingtaine d'euros, tandis que le stère de bois «rendu» (coupé et livré à domicile) se négocie selon les cas entre 35 et 75 euros. Des prix excessifs, nous dit-on, qui varient selon les régions, la qualité du bois et des essences en question ou encore l'accessibilité de la parcelle concernée.

«Irrationnel»

«L'irrationnel règne en maître en ce moment et les gens ne font pas toujours bien leurs calculs. Notamment quand il s'agit de bois sur pied car il faut le couper -ce qui nécessite d'investir dans une tronçonneuse et comporte des risques pour ceux qui ne sont pas habitués à ce travail-, puis il faut le ramener, le stocker et attendre deux années de séchage. Ils se lancent sans mesurer les contraintes, explique-t-on à la Fédération des exploitants forestiers. Les particuliers sont prêts à acheter tout et n'importe quoi. On retrouve ainsi des annonces pour des palettes de bois remplies de clous, pour des bois de déchets de construction ou encore pour du résineux qui est pourtant à déconseiller car il accroît les risques de feu de cheminée. Certains vendent même du bois fraîchement coupé comme s'il s'agissait de bois sec. On est parfois à la limite de l'escroquerie.»

Garder l'équilibre

Du côté de la Division Nature et Forêt (DNF) de la Région wallonne, on confirme cet attrait retrouvé qui se traduit notamment «par une pression accrue des communes pour mettre des lots de bois de chauffage à disposition de leurs habitants. C'est normal car cela fait un peu de bien aux finances communales». Mais les forêts publiques, nous dit-on encore, sont gérées selon des plans d'aménagement forestier qui prévoient un tableau d'exploitation fixant la rotation des coupes. «Il est évident que la forêt wallonne (bois publics et privés confondus) ne peut donner que ce qu'elle peut donner, soit environ 3500000 m3 de feuillus et de résineux par an. Nous veillons à prélever annuellement un peu moins que l'accroissement naturel de la forêt, ce qui laisse une réserve de 4 ou 5 pc. Puisque l'on parle de développement durable, il faut garder ce juste équilibre sinon on perd le bénéfice environnemental et on risque d'aller à l'encontre des normes qu'exige la certification forestière PEFC. Les propriétaires privés pourraient être tentés par une certaine intensification, mais il n'y a pas péril en la demeure pour le moment. Et puis cette demande pour le bois de chauffage peut aussi avoir une conséquence positive dans la mesure où cela pourrait inciter certaines communes à revenir aux essences feuillues plutôt qu'aux résineux.»

© La Libre Belgique 2006

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