Belgique

Plus de cent enseignants, 1 400 élèves. Et, à quelques jours de la rentrée des classes 259 élèves sur liste d’attente !

Tous ces enfants ne sont, certes, pas "sans école" - la plupart figurant déjà en ordre utile dans l’un ou l’autre établissement -, mais le collège St-Pierre de Jette, implanté dans le nord-ouest de Bruxelles, est sans aucun doute l’une des écoles où la tension sur les inscriptions en 1re année secondaire est la plus forte en région bruxelloise. Une situation "difficile à vivre" tant pour les familles que pour l’établissement lui-même, comme en témoigne son directeur, Thierry Vanderijst.

Le collège St-Pierre est soumis à une forte demande d’inscriptions. Comment organisez-vous la rentrée scolaire dans un tel contexte ?

Notre école est, en effet, l’une des plus demandées et où la liste d’attente est la plus importante. La situation a tendance à s’empirer d’année en année. C’est que Jette attire nombre de nouveaux habitants (NdlR : plus de 10 000 en 15 ans), originaires, notamment, du Brabant wallon et du Brabant flamand. Nous comptons ainsi 35 % d’élèves issus de la périphérie (Wemmel, Grand-Bigard, Dilbeek, Meise, Grimbergen, Leeuw-St-Pierre, ). Le décret inscriptions est difficile à vivre. Nous sommes identifiables pour les parents. Quand ils téléphonent - sur 10 coups de fil, 7 concernent le décret -, ils veulent parler au "directeur du collège St-Pierre" : "Qu’est-ce qui va se passer à la rentrée ?, Mon enfant est 10e sur la liste d’attente, etc." Tandis que la ministre Simonet et la Ciri (Commission interréseaux des inscriptions), ils ne savent pas qui c’est. Les parents veulent avoir des réponses à leurs questions. La pression est incommensurablement plus grande qu’avant les décrets.

C’est-à-dire ?

Nous avons toujours été un collège très demandé. Nous n’avons jamais eu de plaintes car nous étions transparents. Nous tenions une liste et quand nous avions atteint 240 élèves en 1re année, nous avertissions les parents que leur enfant était sur liste d’attente. Mais depuis le décret inscriptions, on parle 45 fois plus de notre collège; il nous a fait une publicité dont nous n’avions pas besoin : nous avons encore plus de demandes d’inscription en 1re année, et même en 3e et 5e années. Or, la qualité d’une école ne se mesure pas à la longueur d’une file d’attente. Il y a des établissements dont on ne parle pas et qui font du bon boulot.

Le décret est donc une source supplémentaire de stress à la rentrée ?

Oui. Je réponds aux appels des parents, mais cela nous enlève tous les contacts humains. Le problème, c’est que cela revient chaque année : le décret inscriptions, c’est un peu le BHV de l’enseignement. Et on sait que cela va revenir chaque année. Je n’ose imaginer quand l’adossement va être supprimé Cela va être encore plus difficile. Ce décret ne nous a apporté que des ennuis. Pour le tout-venant, en revanche, il a sûrement apporté une certaine transparence.

Avec 240 élèves inscrits en 1re année, votre collège est déjà “complet”. Que va-t-il se passer pour les 259 sur la liste d’attente ?

Après la première phase d’inscription, il y avait 378 enfants sur la liste d’attente. Aujourd’hui, ils sont 259. La Ciri a également déjà utilisé son pouvoir d’injonction à 80 %. Attention, parmi eux, toute une série a déjà une place sûre dans une école. Mais, là aussi, c’est beaucoup trop compliqué pour les parents. C’est-à-dire qu’un enfant qui a une place en ordre utile dans une école va peut-être rester sur les listes d’attente de cinq autres établissements jusqu’au 31 août. Et ça, nous ne le savons pas, du moins jusqu’au 1er septembre (NdlR : à partir de cette date, la Ciri supprime des listes d’attente tous les enfants inscrits en ordre utile dans l’une de leurs préférences). C’est compliqué à gérer et cela prend un temps fou. La Ciri a décidé mercredi d’utiliser son droit d’injonction à 100 %. Il y aura donc encore quelques mouvements dans notre collège, mais, en termes de locaux, nous n’avons plus 1 m2 de libre.

Le décret inscriptions monopolise quasi toute votre énergie…

Quand l’Ufapec affirme qu’il faut "sortir" de ce décret inscriptions, c’est vrai (LLB 24/8). On ne fait que parler de ce décret. Et cela nous détourne de notre mission première. Je préférerais, par exemple, parler du fait que le taux d’échec au collège St-Pierre a diminué de moitié en dix ans et expliquer comment nous avons fait pour y parvenir ou encore que cette année, nous n’avons eu que six recours internes sur 1 400 élèves.

Après trois ans de mise en œuvre du décret, avez-vous constaté une amélioration de la mixité sociale à St-Pierre ?

Je travaille au collège depuis 26 ans et je peux affirmer qu’il y a toujours eu de la mixité sociale. Avant le décret, nous avions des élèves qui venaient de quartiers moins favorisés de Molenbeek, Laeken, Or, aujourd’hui, le décret est tellement géographique que les élèves de Molenbeek n’arrivent plus au collège. Maintenant, ils viennent de Jette - notamment de la petite école communale St-Michel qui a un public Isef (Indice socio-économique faible) -, de Ganshoren, de la périphérie. Mais il y a toujours de la mixité sociale. Cela étant qu’est-ce que la mixité sociale ? Car il y a aussi la mixité scolaire. Ce n’est pas du tout la même chose ! Ce n’est pas parce qu’un papa ou une maman ne travaille pas que leur fils ne va pas réussir à l’école. De même, ce n’est pas parce que des parents possèdent une belle voiture ou une belle maison que leur fils va réussir des études brillantes. On remarque, en effet, qu’il y a autant d’échecs chez les élèves issus et non issus de la mixité sociale. Mais je dois aussi être honnête : la mixité sociale de Jette ou Ganshoren n’est pas celle de Molenbeek ou St-Josse. Par exemple, nous avons très peu d’élèves qui ne parlent pas le français.