Le décret qui fâche

L. G. Publié le - Mis à jour le

Belgique

Trente novembre. Nous y voilà, à cette fameuse date de début des inscriptions à l'école secondaire. Enfin ! Les écoles vont pouvoir inscrire les élèves ou, à tout le moins, distribuer des numéros d'ordre et inviter les parents à revenir s'inscrire plus tard. Dans quelques heures, les parents vont pouvoir arrêter les files. Les autorités communales rappelleront leurs policiers et rangeront leur barrière Nadar. Et la ministre de l'Enseignement pourra commencer l'indispensable travail d'évaluation de cette grande première, qui restera dans les mémoires.

Avant cela, jeudi après-midi, Marie Arena (PS), dans un élan de compassion pour les parents qui faisaient la file devant la vingtaine d'écoles (18 selon la ministre) très prisées de Bruxelles et du Brabant wallon, a proposé aux chefs d'établissement de mettre des locaux à disposition des parents. Elle s'est dite prête à mobiliser le personnel de la Communauté afin de rendre cette solution possible. "Nous, comme les écoles, nous attendions certes à des files, a-t-elle expliqué, mais elles ont commencé un jour plus tôt que ce que nous avions imaginé. Les objectifs poursuivis par le décret sont compatibles avec notre volonté d'être humains et respectueux des personnes qui attendent d'inscrire leur enfant."

Plus tôt dans la journée, les partis de l'opposition au Parlement de la Communauté française, qui avaient voté contre le décret inscription, ont rappelé, chacun dans leur style, leur opposition au système mis en place par la majorité PS-CDH.

Le MR, tout d'abord, a tenté, en vain, d'obtenir l'urgence pour sa proposition de décret annulant le nouveau décret inscription, estimant que "le nouveau système crée le chaos" et que "son insécurité juridique en fera une proie facile pour les recours".

Ecolo, de son côté, "au-delà des effets spectaculaires, mais attendus", a constaté que "les publics défavorisés, pour qui le nouveau système est resté illisible et incompréhensible, ne sont pas présents devant les écoles réputées. C'est là un des premiers effets contraires, si pas pervers, des nouvelles dispositions. Les files qui s'allongent sont l'illustration d'une politique ultralibérale : celles et ceux qui par leurs moyens financiers, leurs réseaux de connaissance et leur insertion socioprofessionnelle, peuvent se permettre de prendre congé, de payer des jobistes et des connaissances, et ainsi de multiplier leur présence dans les files, sont d'ores et déjà assurés d'inscrire leurs enfants dans l'école de leur choix. Cela va renforcer l'effet ghetto. Les écoles qui s'étaient ouvertes aux publics défavorisés ne peuvent désormais plus les accueillir."

"Lutte des classes"

Pour les verts, "l'angoisse légitime de tous les parents qui veulent le meilleur pour leurs enfants est renforcée par le décret. Avec comme conséquence, des doubles ou triples inscriptions qui seront demain impossibles à gérer par les directions d'école. Les mesures qui doivent être prises doivent être pragmatiques, réalistes, efficaces et sans effet pervers. C'est pourquoi Ecolo a déposé dès le 17 février dernier propose de renforcer encore le financement des écoles qui accueillent les enfants issus des quartiers défavorisés." Ecolo a donc redéposé cette proposition de résolution et en exige l'examen en urgence, en même temps que l'évaluation du décret.

Enfin, la FGTB wallonne, dans un communiqué intitulé "Décret inscription ou la permanence de la lutte des classes", estime que "si le décret Arena est peut-être imparfait, il représente incontestablement un pas dans le bon sens". La FGTB juge "choquante la volonté militante de parents issus des milieux les plus aisés de maintenir pour eux seuls la possibilité d'inscrire leurs enfants dans quelques écoles présentées comme des institutions d'élites".

L. G.