Belgique

Le grand jour approche. Vendue en 2001 par l’Etat fédéral à un consortium belgo-néerlandais, l’ex-Cité administrative va enfin retrouver un locataire. Avec au moins un an de retard sur l’estimation prévue, les premiers contingents de la police vont en effet intégrer les bureaux rénovés dans ce gigantesque complexe situé entre la rue Royale et le boulevard Pachéco. Et ce, même si les ouvriers sont toujours à pied d’œuvre et si les grues occupent toujours l’esplanade.

Le déménagement commencera le lundi 31 mars par une visite des membres du Comité de prévention. Après quoi, les premiers policiers pourront poser leurs cartons dans leurs nouveaux bureaux. Cette phase - la première d’une série qui en comptera trois - durera jusqu’au mois de mai et verra l’arrivée d’environ 900 agents. Il s’agit, pour l’essentiel, des membres du service judiciaire de Bruxelles, de la direction de la police administrative de Bruxelles et de la police technique et scientifique - les "experts". Ces agents se trouvaient, depuis 2003, dans la tour Botanique (ex-IBM) dans le quartier de la gare du Nord.

A la dernière minute

Mais ce déménagement ne se fait pas sans grincement de dents. Des services entiers ont été laissés dans l’incertitude jusqu’au dernier moment. Ainsi, raconte Stephane Delbicque (CSC services publics), " on avait promis aux agents de la direction de l’information policière opérationnelle qu’ils déménageraient en priorité dans le nouveau bâtiment. Cette promesse leur avait été faite après qu’une fuite de gaz et un effondrement dans la chaussée sont venus menacer la stabilité du bâtiment qui les abrite à Etterbeek. Un bâtiment qui a beaucoup souffert de la réduction des budgets. Mais la semaine dernière, ces personnes ont appris que finalement, ils ne déménageraient pas. Pourquoi ? Parce que la direction de la télématique, qui gère toutes les bases de données et sans qui ils ne peuvent pas travailler, n’avait pas encore trouvé la solution pour transférer les serveurs et le matériel informatique. Les 150 agents sont donc bien forcés de rester dans leur bâtiment du quartier de la Couronne où le chauffage est défaillant et les plombs sautent lorsque deux cafetières sont en route en même temps."

Une certaine improvisation semble gagner ce déménagement - dont le coût global a été estimé, par la ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet, à 1,2 million. Alors que le transfert est prévu depuis 3 ans au moins, ce n’est apparemment qu’au début 2014 qu’un contrat a été signé avec une entreprise de déménagement. " Un premier contrat a été cassé à la suite d’une erreur administrative", se désole le permanent syndical. "Il a fallu recommencer la procédure. Ce n’était pas propice à faire une planification idéale."

Une série de faits curieux

En fait, tout le dossier suscite de l’étonnement. Pour la petite histoire, la Cité administrative avait été construite en 1958 pour regrouper sur un seul site toutes les administrations fédérales. Mais le complexe s’est peu à peu vidé à la suite des différents transferts de compétences vers les Communautés et les Régions. En 2001, pour boucler un budget un peu difficile, le gouvernement fédéral choisit de le vendre à deux promoteurs, le Néerlandais Breevast (60 %) et le Belge Immobel (40 %).

Le montant de la transaction est jugé dérisoire par certaines sources qui évoquent à l’époque le chiffre de 27 millions d’euros. Un investissement qui aurait été bien rentabilisé. Les deux promoteurs viennent de revendre une partie du complexe - 80 000 m2 dont les 66 000 pour la police fédérale - à une société allemande. Le montant de la transaction n’a pas été dévoilé. Mais le chiffre de 330 millions d’euros a circulé sans qu’il n’ait été démenti.

On notera par ailleurs que la décision de regrouper la police fédérale de Bruxelles à cet endroit a été prise en décembre 2010 par le gouvernement fédéral alors qu’il était en affaires courantes. Ce n’était pourtant pas une décision banale. Plus troublant encore : l’ancien patron de la police judiciaire de Bruxelles Glenn Audenaert aurait admis avoir reçu plusieurs milliers d’euros de la part de Frank Zweegers, le patron de Breevast. Une instruction est d’ailleurs en cours. Le lien entre les deux n’est pas officiellement établi. Mais le soupçon de corruption existe.

Cette affaire est d’autant plus curieuse que l’Etat ne semble pas gagnant dans l’opération. La police fédérale s’est en effet engagée à payer un loyer annuel indexé de 195 €/m2 pendant 18 ans alors que le prix de base pour ce genre de biens au moment de la transaction tournait autour des 175 €/m2.

La ministre dubitative

Des questions se posent aussi sur le plan logistique. Le gouvernement fédéral a justifié sa décision par un effort de centralisation. Le hic, c’est que tous les services ne pourront pas être regroupés dans l’ancienne Cité administrative. Les véhicules blindés d’intervention n’avaient pas leur place au centre-ville, pas plus que la brigade à cheval. Et ces doutes sont partagés en haut lieu. Le 4 août 2012, la ministre de l’Intérieur elle-même a déclaré en commission de la Chambre avoir " des doutes personnels quant à la pertinence de cette centralisation et je me demande si la localisation centrale du bâtiment de la Cité administrative justifie le coût de cette opération ". Il était trop tard pour s’en rende compte.