Belgique Le Parti populaire a exclu vendredi, à l'unanimité, son unique député, Laurent Louis, au terme de plusieurs semaines de tension entre ce dernier et le président du PP, Mischaël Modrikamen, qui a présenté ses excuses au nom du parti pour ce qu'il qualifie d'"erreur de casting". Les tensions entre l'unique député élu du Parti populaire aux élections législatives du 13 juin dernier et M. Modrikamen se sont cristallisées ces dernières semaines sur certaines positions idéologiques (Roms, peine de mort, permis à point pour les nouveaux Belges, etc), mais également sur les rapports sentimentaux et professionnels entre M. Louis et son ancienne attachée parlementaire, devenue porte-parole du PP.

La direction du PP reproche à M. Louis son instabilité, ses prises de position non concertées avec le parti sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter), ainsi que du harcèlement moral à l'égard de cette attachée parlementaire, que le député a licenciée après l'avoir longtemps courtisée, affirmant qu'elle ne faisait pas son travail.

M. Louis, de son côté, met l'accent sur les dérives "racistes et populistes" du PP. Il affirme à ce sujet que les propos durs qu'il a lui-même tenus sur les Roms, ainsi que le projet d'un permis à points pour les nouveaux Belges, n'ont été défendus par lui qu'en tant que "voix du parti", et qu'il s'en désolidarise désormais.

M. Modrikamen, répondant au cours d'une conférence de presse, a renvoyé à Laurent Louis la paternité de ses propos et ses idées "peu réfléchies", qu'il dit n'avoir couvertes que pour tenter de "rattrapper la sauce", comme se doit de le faire à ses yeux un président de parti vis-à-vis d'un "jeune député inexpérimenté". "Laurent Louis est une erreur de casting. Je m'excuse auprès des électeurs d'avoir mis sur les listes une personne qui, si elle n'est pas méchante, n'a pas la carrure et est indigne d'être élue", a indiqué le président du PP. Dans une lettre adressée au Bureau du parti, Laurent Louis réclamait davantage de démocratie interne, une transparence accrue dans les finances du parti, l'abandon des thèses "populistes et racistes" et le retrait de la plainte administrative déposée pour harcèlement moral devant l'auditorat du travail par son ex-attacheé parlementaire.

Les deux parties s'accordent sur le déroulement de l'exclusion: un premier vote au bureau du PP n'a pas abouti à la majorité requise des deux tiers. Le député a alors reformulé ses demandes. "C'est lorsque Laurent a demandé d'exclure notre porte-parole que l'unanimité s'est faite contre lui", a affirmé M. Modrikamen. Le député nivellois, désormais "indépendant", a l'intention de créer un nouveau parti "libéral et démocrate", notamment avec d'autres exclus ou démissionnaires du PP, qui seraient selon lui "plus nombreux que les membres en ordre de cotisation".

Pour M. Modrikamen, c'est d'ailleurs l'un de ces exclus, Aldo-Michel Mungo, qui a prêté sa plume à M. Louis, ce dont ce dernier se défend. Quant à la dotation publique de 430.000 euros par an à laquelle le PP a droit grâce à son siège à la Chambre, les mensualités restantes devraient être perdues tant pour M. Louis que pour le PP, a précisé de député, qui y voit la preuve qu'il n'a pas agi par esprit de lucre. "Il y a un risque de perdre la dotation, nous le savons, mais nous ne transigeons pas entre sa perte et le maintien de nos valeurs", a commenté M. Modrikamen.

Agé d'à peine un an, le PP a exclu après les élections de juin son co-fondateur, Rudy Aernoudt, avant de perdre son unique député et, probablement, sa dotation publique. Pour M. Modrikamen, de tels aléas sont inhérents à la création d'un parti, dans lequel il convient de "séparer le bon grain de l'ivraie". Le PP tiendra un congrès programmatique le 5 mars à Liège dans lequel il entérinera le virage confédéraliste qu'il a pris depuis l'automne dernier.

Les SMS de Laurent Louis à sa collaboratrice

Le torchon brûle toujours entre l'unique député du Parti populaire (PP), Laurent Louis, et son président, Michaël Modrikamen. Dans un communiqué diffusé mercredi, le premier a annoncé le dépôt d'une plainte contre sa propre collaboratrice Sophie Collignon qu'il a accusée de ne plus travailler pour lui et de se livrer à une campagne de calomnie à son égard, par presse interposée, avec l'appui de la présidence du PP.

"En cinq mois, je reconnais avoir dû lui envoyer un certain nombre de mails ou de SMS lui demandant de bien vouloir respecter son contrat de travail mais de là à parler, comme elle l'entend de harcèlement moral, il y a un pas que l'on ne peut franchir. Demander à un employé de faire son travail, est-ce du harcèlement? Je ne parlerai même pas des accusations de harcèlement sexuel reprises dans le Soir et la DH puisque l'intéressée elle-même a reconnu devant le bureau politique du lundi 24 janvier qu'il n'en n'avait jamais été question", souligne notamment M. Louis dans ce communiqué.

Le Soir révèle en exclusivité le contenu de ces SMS, transmis à la Justice et considérés comme une intrusion dans la vie privée de Sophie Colignon. « Tu vois, tu as encore fais une victime. Un de plus à qui tu auras fait tourner la tête.», « Princesse Sophie », "Je pense que Cathy (NDLR : son épouse) et moi allons nous séparer.", ... De SMS en SMS, Laurent Louis mêle vie privée et vie professionnelle. Jusqu'à ce que les choses s'enveniment et terminent sur un élégant: "pétasse arriviste".

Toujours selon ce texte, depuis qu'il a informé le président et le vice-président du dépôt de cette plainte, ceux-ci tentent de lui faire signer une convention dans laquelle il renoncerait à certaines demandes légitimes en terme de gestion, de financement et d'organisation du parti en échange de la fin de la campagne de diffamation et de la levée de la plainte administrative introduite par Sophie Collignon à l'auditorat du travail pour harcèlement moral.

Pour M. Louis, ces pratiques sont "scandaleuses et inadmissibles". Le député conclut qu'il fera appel à un avocat de ce dossier afin que son "honneur soit rétabli comme il se doit".