Belgique

On aura tout vu dans le dossier belge du DHKP-C, ce mouvement d'extrême gauche turc taxé, dans son pays, d'être terroriste et reconnu comme tel par l'Europe et les Etats-Unis. Même l'à peine croyable. Dépeints comme membres d'une association terroriste en 1 re instance (Bruges, 02/2006), les figures emblématiques du DHKP-C vivant en Belgique, Fehriye Erdal, Musa Asoglu ou Bahar Kimyongür, avaient été à nouveau condamnés en appel (Gand, 11/2006). Mais deux "scandales" avaient accompagné ces procédures, et un 3 e allait suivre... Premier scandale : M me Erdal avait pris la fuite avant le prononcé de Bruges, au nez et à la barbe des services de police. Et de la Sûreté de l'Etat qui... avait été clouée au pilori alors que, en droit, elle ne pouvait rien empêcher ! Deuxième scandale : une réunion secrète s'était déroulée entre ministère de la Justice, Parquet fédéral, section antiterrorisme de la Police fédérale et on en passe, pour évaluer la possibilité d'une arrestation de M. Kimyongür. Ce Belge allait se rendre aux Pays-Bas (04/2006) et, comme pour satisfaire à un mandat d'arrêt international turc, la Belgique, sacrifiant sans doute à une malsaine raison d'Etat, allait donner des renseignements sur lui aux Pays-Bas en vue de son arrestation. Alors que la Belgique n'extrade pas ses nationaux... De fait, M. Kimyongür avait été arrêté, mais les Pays-Bas l'avaient vite relâché, faute d'éléments. Il compte d'ailleurs déposer plainte pour coalition de fonctionnaires. Le 3 e scandale était apparu à la faveur d'un recours des condamnés : la Cour de cassation avait à la fois dénoncé le problème en reconnaissant (Bruxelles, 04/2007), pour faire bref, qu'un tribunal d'exception avait jugé le DHKP-C en appel à Gand, avec une cour spécialement constituée, et rétabli l'Etat de droit en provoquant le 3 e procès, celui qui vient de s'achever en appel à Anvers, jeudi. Avec le retournement total de situation que l'on sait : l'acquittement généralisé, pour l'essentiel des préventions - cette fois, la cour a recadré ce que chacun a vraiment fait, entre traduction de tracts, port d'arme et terrorisme. Et avec l'acquittement parfait, pour Bahar Kimyongür. Que retenir ? Que c'est l'indépendance de la justice qui a lavé ses propres faiblesses ainsi que l'honneur de l'Etat de droit. Mais in extremis et pas sans "casse"... Et que les actes du DHKP-C en Turquie montrent qu'il est bel et bien terroriste, mais que distribuer ici, sans violence, des tracts vantant son credo socio-politique, fût-il plus que discutable, ne suffit pas à être embastillé. Et c'est tant mieux.