Belgique

Un fils qui radicalise son père, une tante ainsi qu’un oncle : c’est l’histoire de la famille de Soufiane. Aujourd’hui, il est le seul à ne pas être jugé devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. Et pour cause, il est mort dans des combats en Syrie, comme en atteste une vidéo retrouvée dans l’ordinateur de son père.

Soufiane s’est radicalisé dans l’orbite de Sharia4Belgium, qui fut actif à Anvers mais qui essaimera en Région bruxelloise et à Anvers. Il rejoindra le groupe en 2011, quand on ne parlait pas encore de départs vers la Syrie.

Soufiane a radicalisé ses parents : sa mère a commencé à porter le voile. Son père Kamal, qui travaille dans le secteur de la construction, a aussi adopté un islam dur. Ils ont œuvré dans l’ASBL "Aidons les pauvres" de Jean-Louis Denis, condamné dans le cadre d’une autre filière d’envoi.

En octobre 2012, Soufiane est parti en Syrie. Le père, qui le nie, ne pouvait l’ignorer, estime la représentante du ministère public, qui se base sur la téléphonie. Kamal a conduit par ailleurs plusieurs amis de son fils vers l’aéroport de Düsseldorf d’où ils s’envoleront pour la Turquie, porte d’entrée vers la Syrie.

Il a notamment aidé Bilal, un ami de son fils, parti pour la Syrie peu après le décès accidentel à Bruxelles de sa petite amie qui l’avait laissé complètement désemparé.

Bilal périra aussi en Syrie. Et s’il a pu gagner cette terre de djihad, c’est grâce à Soumaya, la tante de son ami Soufiane, qui lui a prêté sa carte de crédit pour acheter un billet d’avion. Cela présentait l’avantage de ne pas alerter ses parents qui craignaient un départ de leur fils vers la Syrie.

"On est trop fier de toi"

Khalid, oncle de Soufiane et frère de Soumaya, dira à son neveu, via Facebook, qu’il est "trop fier" de lui. Il est parti lui-même pour la Syrie en janvier 2013. Il affirme que c’était pour ramener Soufiane, ce que ne croit pas le ministère public car lors de l’enterrement de celui-ci à Alep en février 2013, il sera en armes pour accompagner le cercueil. Khalid est rentré en Belgique fin avril 2013.

On ne sait trop dans quel état d’esprit il est rentré. Il n’est en tout cas pas marqué comme Iliass, un autre des prévenus qui est revenu blessé de Syrie. "Ce sont des enfoirés qui ont plein d’armes et de mortiers qu’ils ont volés. Ce sont des psychopathes qui tuent des apostats pour se rapprocher de Dieu", dit aujourd’hui ce jeune homme.

La représentante du ministère public a requis vendredi contre Kamal, Khalid, Soumaya, Iliass et quatre autres des 32 prévenus. Elle a requis 5 ans contre ceux qui ont combattu en Syrie et 3 ans, contre ceux qui ont eu un rôle d’appui en Belgique. Fin du réquisitoire lundi.