Belgique

Les rapports entre l’explorateur belge Alain Hubert et l’administration fédérale de la Politique scientifique sont mauvais, on le sait. Très mauvais, même. A un point tel que le dirigeant de cette administration, Philippe Mettens, a déposé plainte jeudi au parquet contre Alain Hubert lui-même. Les accusations sont graves : le procureur du Roi de Bruxelles a été saisi d’une plainte pour prise illégale d’intérêts et conflits d’intérêts de la part de l’explorateur polaire dans le cadre de la gestion de la station belge Princess Elisabeth, située sur le continent antarctique.

Rappel : Alain Hubert est président de l’International Polar Foundation (IPF) - qui assure la logistique de la station polaire belge - alors que cette même fondation tire ses moyens du Secrétariat polaire (l’organisme privé-public qui associe les différentes parties à la base scientifique belge en Antarctique) dont Alain Hubert est également président. Pour la Politique scientifique fédérale, c’est vraiment problématique. En outre, trois autres structures dans lesquelles Alain Hubert est présent facturent des services à sa fondation. Ces légèretés avaient été révélées au début de cette année et font également partie de la plainte.

"La Fondation et Monsieur Alain Hubert, dans l’exercice de leur fonction publique, posent des actes ou tolèrent des situations grâce auxquels ils peuvent tirer profit de leur fonction, ce qui, dans la jurisprudence de la Cour de cassation, caractérise le délit de prise illégale d’intérêts , et ce que ne peut ignorer Monsieur Alain Hubert dès lors que son attention a été attirée de longue date sur ce point" , détaille la plainte transmise au parquet.

En effet, explique encore Philippe Mettens au procureur du Roi, la Fondation polaire d’Alain Hubert siège dans l’organe de gestion à qui il appartient de déterminer les financements publics qui seront accordés à la Fondation polaire elle-même. En effet, "Monsieur Alain Hubert préside, d’une part, le conseil d’administration de la Fondation, dont il est fondateur et administrateur-délégué, et préside, dans le même temps, le conseil stratégique du Secrétariat polaire et dispose d’un droit de vote."

A cela s’ajoutent de lourdes suspicions qui semblent confirmées par l’analyse des coûts liés au fonctionnement de la station polaire réalisée par le Bureau Ernst & Young en février 2013.

En effet, parmi les fournisseurs de la Fondation, figurent l’ASBL Polaris Centre (dont l’explorateur est administrateur); la SPRL Partius Analyst (dans laquelle on retrouve la femme d’Alain Hubert), la SCRL Cherbai (dont Alain Hubert est administrateur), ainsi qu’Alain Hubert lui-même, directement.

Or, "la Fondation a versé, pour la campagne 2011/2012 (campagne scientifique ayant pour base la station Princess Elisabeth), à ces différents intervenants, pour services, travaux et fournitures, les montants suivants : 455 000 euros à Polaris Centre; 91 000 euros à Partius Analyst; 78 000 euros à Cherbai; 48 000 euros à Monsieur Alain Hubert lui-mêm e. "

"Un véritable système"

Tenant compte du mode financement de la Fondation, il semble que ces montants ont été payés à l’aide de fonds issus du financement public dont bénéficie la Fondation et qui lui est octroyé par le Secrétariat polaire. "De fait, il me semble qu’il s’agit là d’un véritable système où la Fondation et Monsieur Alain Hubert interviennent à la fois dans l’organe de gestion public qui finance la station polaire et à la fois dans des entreprises privées dans lesquels ils ont des intérêts ou desquelles ils reçoivent des intérêts qui sont financés à l’aide de l’argent public dont bénéficie la Fondation" , note Philippe Mettens en s’adressant au procureur du Roi.

Malgré nos tentatives pour obtenir sa réaction, Alain Hubert était injoignable vendredi.